Plongez avec moi dans le récit de ma quatrième participation d'affilée à la Race Across France (RAF) 2500 km. Emotion et poésie sont au rendez-vous de cette épreuve hors norme à travers notre magnifique France. N'hésitez pas à laisser un commentaire une fois la ligne d'arrivée franchit.
Parcours et profil 2025 : voir le site de la course
L'édition de l'expérience
Derniers préparatifs avant le départ
Me voilà donc en Bretagne a Dinan, magnifique ville médiévale avec ses ruelles pavées et ses maisons anciennes, sous un soleil brûlant dans un ciel d'azur. Partis tôt le matin en TGV après une courte nuit de sommeil je suis content d'être là pour les formalités (contrôle du vélo et du matériel obligatoire) et les derniers préparatifs avant le départ. Je retrouve des connaissances, des têtes connues avec qui j'échange sur la stratégie de la course à venir et les dernières semaines d'entraînements notamment. L'attente est un peu longue l'après-midi alors je pars faire une sieste à l'ombre des arbres, bien calé dans un transat. Pour autant l'impatience gagne du terrain a mesure que l'heure avance. Pasta party à 16h, briefing à 17h. Ce n'est plus le temps de cogiter, l'heure approche ! Il est temps de s'habiller et de laisser les affaires civiles dans mon sac que je retrouverai a Mandelieu la Napoule dans une semaine si tout va bien. Le stress monte d'un cran alors que je vais me diriger vers la ligne de départ situé à 1km d'ici en centre-ville. Je vérifie une fois encore l'état de mon pneu arrière après l'explosion de la chambre à air plus tôt dans la journée sous l'effet de la chaleur ! C'est ok. Il y a encore mon disque de frein avant qui frotte très légèrement sur la plaquette, conséquences du transport en housse dans le train. C'est minime et je n'arrive pas à mieux le régler. Donc je n'y touche plus !
Après plusieurs mois d'entraînement dédié à cette course, penser à améliorer le set-up sur le vélo (sacoches, éclairage), prévoir la nutrition adéquate, réfléchir à la stratégie sommeil, l'heure du départ est imminente. S'il y a toujours des craintes devant un tel défi je reste au fond de moi confiant et serein. J'espère évidemment que tout va bien se passer mais l'expérience de mes trois précédentes participations m'apporte du calme intérieur bien que je sois très excité à l'idée de parcourir ces 2600 kilomètres, à travers des paysages s'annonçant splendides. Un dernier appel en visio à ma femme et aux enfants, un bisou à ma maman présente ici en tant que bénévole et c'est à mon tour de me placer sur la rampe de lancement. Fergus le speaker décompte les dernières secondes et à 19h16' précise c'est parti pour ma quatrième Race Across France ! L'objectif de finir sous la barre des 7 jours est mon leitmotiv même si le simple fait de franchir la ligne d'arrivée (qui n'est pas si simple en fait !) sera déjà une victoire.
C'est parti pour 2500 km !
Une montée pour commencer, puis une descente pour passer par le port de Dinan sur les bords de la Rance et ça remonte pour repasser à proximité du départ. Une belle frayeur m'envahit alors car en vérifiant ma sacoche de cadre je m'aperçois que je n'ai pas ma pochette avec mes papiers et notamment ma carte bleue !!! Au secours !! " Ce n'est pas possible !" Je ne me vois pas la retirer de mon sac parti pour l'arrivée. Je glisse ma main dans les poches arrière de mon maillot et là quel soulagement de l'attraper sur le point de tomber ! Je la range précieusement dans la sacoche et relance l'allure. Il me faut bien quelques kilomètres pour me sentir en jambes après ces heures à patienter. Le temps se couvre, l'atmosphère devient lourde avec des orages annoncés pour la nuit. Je ne suis pas forcément à l'aise sur le vélo mais c'est quasiment la même rengaine à chaque départ ! Je dois me réhabituer au poids du vélo (il y a environ 5 kilos supplémentaires avec tout l'équipement) et surtout rentrer mentalement dans la course. Quitter la vie quotidienne, se mettre dans sa bulle et trouver de nouveaux repères temporels. Devenir une machine à rouler, avaler les kilomètres, voilà mon quotidien pour 7 jours.
Environ 45 minutes viennent de s'écouler depuis le top départ et me voilà à présent sur les côtes bretonnes. Les criques avec l'eau turquoise près de Saint Cast le Guildo donne presque envie de s'arrêter pour une baignade ! 45' plus tard et je vire à gauche dans la lande venteuse du Fréhel. Le renommé cap du même nom est à quelques centaines de mètres. La Manche en contre bas des falaises s'étend à perte de vue, le panorama est somptueux alors que je file à toute vitesse, bien calé sur les prolongateurs. Cet appendice rajouté sur le cintre (le guidon) est indispensable pour s'élancer sur une telle distance permettant de varier les positions des mains, reposer le dos et les épaules, et gagner aussi en pénétration dans l'air sur les portions roulantes. Ça rajoute du poids certes mais le gain de confort est notable et la quasi-totalité des participants en sont équipés.
La route jusqu'à Saint Brieuc se fera avec la proximité de la mer puisque le parcours contourne la baie de la préfecture des Côtes-d'Armor. Les côtes courtes et abruptes s'enchaînent mais je commence à me sentir mieux sur le vélo même si je ne me livre évidemment pas à fond. Il faut gérer ces 400 premiers kilomètres très vallonnés jusqu'à Loudéac sans y laisser trop de forces. Le futur vainqueur de la course, Jonas Verest (USS304), me double après une soixantaine de kilomètres. Un petit mot, une photo dans son sillage et pour le coup il n'y a pas photo, il appuie plus fort que moi sur les pédales ! Je garde mon allure d'autant plus que mon mollet droit me tire encore. En effet après avoir posé pied à terre pour effectuer demi-tour à la suite d'une erreur de direction peu avant, j'ai senti une vive douleur sur tout l'arrière du mollet ! Une crampe après à peine 50 kilomètres ! Ça ne m'est jamais arrivé et il faut que ça arrive maintenant. Mon optimisme prend le dessus, ça va passer...
Première nuit sous la pluie
La nuit est tombée à la sortie de Saint-Brieuc, je rattrape Sébastien (USS72) et Romain (USS43), qui compte eux aussi plusieurs RAF à leur actif. On discute un peu mais l'enchaînement des côtes nous fait rouler en ordre dispersé. La mer n'est pas loin, ça sent les embruns bien que pour les points de vue il faudra revenir parce qu'il fait tout noir. Le vent est en partie favorable et tant mieux car il souffle en rafales. Quasiment 5h de vélo et les bidons sont presque vide mais pas de quoi se ravitailler en eau. Je rationne mes gorgées car j'ai repéré sur la carte un cimetière pour faire le plein mais il me reste une bonne heure avant d'y arriver. J'aurais pu m'arrêter dans un bar en passant sur le joli port de Paimpol pour les remplir mais l'affluence m'y a découragé.
La pluie fait son apparition. C'était attendu, mais avec les routes étroites, les multiples changements de directions et le mobilier urbain ajouté à mes lunettes, la visibilité n'est pas toujours évidente. J'ôte mon masque de protection par-dessus mes lunettes (une protection supplémentaire indispensable pour la faiblesse de mon œil gauche en particulier) car sinon je n'y vois absolument rien ! Mark Arnold (USS256), participant britannique qui finira 8ème à Mandelieu, parti juste derrière moi, est dans mon sillage une partie de la nuit. Il faut être extrêmement vigilant au GPS avec d'incessants changements de routes. D'un côté c'est moins monotone et évite de piquer du nez ! Le cimetière coché sur la carte est bien là, je trouve le point d'eau et peut enfin boire à ma soif ! Je repars avec 4 coureurs dont Romain encore et Loïc (USS39), que je retrouve depuis l'édition 2023. On a beau se voir seulement une fois par an (échanger un peu via les réseaux sociaux aussi) les liens tissés sur ce genre d'épreuve restent fort et il y a un vrai respect mutuel entre nous. Je les laisserai filer avant Lannion car j'ai une petite baisse de régime au cœur de la nuit.
Mais la grosse averse qui nous tombe dessus me réveille rapidement ! Je m'arrête un court instant afin d'enfiler mon imperméable. J'en profite aussi pour remettre ma lampe frontale sur le casque à l'endroit (!) (Je l'avais mise à l'envers au départ !) car plus pratique pour appuyer sur les boutons et l'une des attaches avec le casque se casse. Impossible de faire tenir la lampe sans ça. Je bricole (toujours sous la pluie dru) avec un serflex pour qu'elle tienne en place et reprend ma route car je commence à me refroidir. L'entrée dans le Finistère quelques kilomètres plus loin marque alors l'arrivée dans les monts d'Arrée avec la route qui s'élève lentement mais sûrement. Une bonne trentaine de kilomètres pour atteindre le point culminant de notre passage en terre bretonne à presque 350 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le jour commence à se lever avec un ciel chargé de nuages. Je suis seul, Antoine (USS392) avec qui j'ai roulé l'an passé dans la partie du Sud-ouest (6ème quelques jours plus tard), m'a doublé peu avant, entouré de bruyère sur ces collines du parc régional d'Armorique. J'apprécie la fin de cette première nuit qui n'a pas été facile sur un parcours très accidenté pour démarrer.
Erreur de parcours au cœur de la Bretagne
Une portion plus descendante jusqu'aux alentours de Carhaix s'ensuit alors que la pluie se remet à tomber fortement avec quelques grondements orageux. Le vélo et le bonhomme sont déjà bien sales. Je m'arrête dans une boulangerie de Maël-Carhaix pour acheter de quoi manger et souffler un petit peu. Je range aussi l'imperméable car le ciel semble se dégager et il ne fait pas froid. Mais bien sûr quelques kilomètres plus loin il se remet à pleuvoir une grosse pluie d'orage et avec de la grêle qui plus est ! Tempi pour l'imperméable, je reste en maillot, ça ne devrait pas durer longtemps. Quelques éclairs et coup de tonnerres s'ajoute à l'ambiance humide et pour couronner le tout le tactile de mon GPS débloque avec les impacts de grêle ! Je dois relancer la trace une première fois puis rebelote 10 kilomètres plus loin à Gouarec.
Et là je ne fais pas attention mais mon Garmin relance la trace en m'orientant vers le départ à Dinan !! Je quitte sans le savoir la trace de la course. Après une quarantaine de minutes je commence à avoir un doute en voyant les panneaux directionnels qui n'indique plus la localité de Mûr de Bretagne (célèbre pour sa difficile côte). Je regarde sur le suivi live et catastrophe ! Je me suis complètement écarté du parcours à suivre ! Je m'aide alors de GoogleMaps pour me ramener sur la trace au niveau de Mûr de Bretagne et reprendre la bonne route. Très énervé par cette erreur bête j'appelle le PGO (poste de gestion opérationnel) qui suit nos balises et lui fait part de ma mésaventure. N'ayant pas fait de kilomètres en moins je n'aurai pas de pénalité mais cette histoire m'a fait perdre une grosse trentaine de minutes et huit places au classement général, je suis maintenant 32ème ! Et je n'ai pas vu Mûr de Bretagne ! Je poursuis donc ma course assez remonté contre moi et plus loin que ce que j'espérais au classement. Je m'attendais à un peu mieux après la nuit mais il faut croire que devant ils ont envoyés fort. J'ai joué la gestion et la prudence sous la pluie d'autant que je sais par le biais d'un groupe WhatsApp constitué d'ancien multiples participants dont moi que certains ont goûté le bitume pendant la nuit.
Maintenant que la route s'annonce plus roulante et le soleil revenu pour de bon il ne va pas falloir traîner. Le vent souffle de trois quart côté droit, il pousse un peu et permet de ne pas avoir trop chaud sur ces routes d'Ile et Vilaine. Je ferais un petit stop dans la commune de Saint Méen le Grand, patrie de l'ancien vainqueur de Tour de France Louison Bobet, pour acheter des boissons fraîches et des bonbons que je cale dans une pochette sur mes prolongateurs afin de piocher dedans facilement. Le contournement de Rennes puis l'entrée en Mayenne se font sur des routes roulantes où je progresse à une belle allure. Un ravitaillement offert par un concurrent représentant l'association SOS villages d'enfants à Argentré du Plessis permet de remplir les bidons et de manger des oranges bien fraîche. Merci à lui c'était très appréciable.
Fin de journée paisible dans la campagne
Je ne traîne pas et fil jusqu'à Quelaines-Saint Gault pour la première base de vie au km 550 que j'atteins peu après 18h (soit 23heures depuis le départ). Je me restaure avec riz, jambon, fromage, café, me débarbouille le visage, passe le test de fatigue, rempli les bidons, échange avec Maxime Prieur (USS572) et reprends ma route après environ une bonne heure d'arrêt. Il est a mon goût trop tôt pour dormir ici, je préfère donc continuer ma route et dormir plus loin, dans un peu moins de 100 kilomètres. La lumière du soleil déclinante donne des reflets or sur les champs de blé qui s'entendent à perte de vue dans cette campagne profonde où peu d'âmes semblent vivres. Les kilomètres défilent facilement, je suis content et me sent apaisé après cette boucle des 24 premières heures en Bretagne, direction maintenant le sud et la base vie de Montastruc la Conseillère d'ici 48 heures. La course est bien lancée et je me sens bien dedans.
Une crevaison de la roue avant vient à peine perturber mon avancée. Je répare dans le silence le plus total sous le soleil couchant mais je ne remplis pas assez la chambre à air avec la bombe de CO2 par peur de l'éclatement comme à Dinan. Je vais rouler un peu sous gonfler un petit moment. J'ai aussi remarqué un bruit de claquement qui semble venir de la boîte de pédalier à la suite des grosses pluies du début de journée. C'est plutôt pénible sans que ce soit constant mais j'espère surtout que les roulements ne sont pas trop atteints et vont tenir le coup. Il reste quand même 2000 kilomètres !
La nuit tombe, les couleurs du ciel sont magnifiques et je profite de ce moment de quiétude que j'aime retrouver à cette période de l'année où les soirées sont douces. Le fait de bientôt aller dormir me rend heureux alors que je rattrape un concurrent qui va pousser jusqu'à Azay le Rideau puisqu'il y a réservé un logement. Il me propose même de le partager avec lui mais c'est trop loin pour moi (encore 100 km) alors qu'il est maintenant 23h30. Je suis à l'affût d'un spot agréable lors des traversées de villages pour dormir dehors et je décide de m'arrêter dans la petite localité de Clefs Val d'Anjou peu avant minuit. Je me pose devant l'entrée de la Poste, retire mes chaussures, mange un bout de sandwich que je promène dans la poche de mon maillot depuis le matin (!) enfile mon imperméable puis m'allonge en tenant mon vélo à l'aide de la chambre à air percée peu avant. Je programme le réveil pour 3h du matin. Je me réveille en grelottant au bout d'une heure alors j'enfile mes jambières et déplie ma couverture de survie puis me rendors. Mon sommeil n'est pas très profond et je me réveille souvent...
Un terrible coup de mou sous la chaleur
Le réveil sonne donc à 3h, mon sommeil a été entrecoupé mais j'émerge assez facilement. Quinze minutes plus tard je suis en selle pour une journée qui s'annonce très chaude au niveau du thermomètre. Pour le moment il fait nuit noire mais la lune, quasi pleine, illumine le ciel sombre entre champs et forêts du Maine et Loire et de l'Indre et Loire. La température est douce bien qu'elle chute un peu au lever du jour en approchant des bords de Loire a Langeais. Je rattrape un concurrent à moitié endormi sur son vélo au moment même où une biche traverse la route a quelques dizaines de mètres de nous dans une nature luxuriante ! Je fais ensuite un stop dans une boulangerie à Azay le Rideau, tout proche de son célèbre château Renaissance, et fais la connaissance de Julien (USS398). Je continue mon avancée sur des routes bucoliques et loin du trafic automobile. Un vrai plaisir. Je n'oublie pas l'hygiène non plus et profite de ces routes calmes et facile pour me brosser les dents sur mon vélo. Trop cool !
La chaleur commence à se faire sentir sur les coups de midi en traversant le parc naturel régional de la Brenne et ses routes rectiligne alors que Loïc et Ghislain (USS307) me rattrape. Deux coureurs que je connais des précédentes éditions. Nous arriverons ensemble à Argenton sur Creuse pour un arrêt express en boulangerie (3 boissons fraîches, sandwich et éclair au café, hum) mais tandis qu'ils continuent leur route je m'attelle pour ma part à trouver un magasin où je peux acheter une batterie externe. En effet ma grosse Powerbank de 20 000 mah a semble-t-il rendu l'âme après avoir chargé ma lampe, alors qu'il était censé lui rester la moitié de sa capacité de charge. Il faut savoir composer avec ces aléas sur de l'ultra distance et s'adapter. Alors je m'adapte et m'arrête au Carrefour Market à la sortie de la ville, pile sur la trace ! Une promotion sur une batterie de 20 000 mah tombe à pic, bien qu'un peu lourde et chargé au quart de sa capacité je la prends quand même.
La route se cabre rapidement sur cette partie du sud de l'Indre et à l'approche de la Creuse, au même titre que le mercure s'élève fortement. Il est un peu plus de 13 heures et le calvaire va bientôt commencer. Les 200 prochains kilomètres annoncent un très fort dénivelé et je vais connaître une sévère baisse de régime. L'air est chaud, le vent quasi nul et la faible vitesse en montée couplé à l'effort rend la respiration difficile. Je me concentre et reste calme en me disant que c'est pour tout le monde pareil et que d'habitude ces conditions ne me dérangent pas plus que ça. Je fais un arrêt dans le village d'Eguzon où j'ai par le passé effectué une course aux abords du lac du même nom. J'achète dans une épicerie boissons fraîches, charcuterie et riz au lait que je mange assis sur le trottoir à l'ombre du store banne. J'en profite aussi pour charger ma nouvelle Powerbank dans l'épicerie et voilà que l'équipe média de la course s'arrête à côté de moi. Une petite interview comme une star bien que je pense ne pas être très lucide à ce moment-là pour répondre intelligemment !
Une longue pause salvatrice
Après 30 minutes de pause je repars, sans oublier ma Powerbank qui a à peine chargé, bref, et je sens une véritable chape de plomb qui me tombe dessus. J'ai l'impression de rôtir littéralement ! J'ai beau avoir étalé la crème solaire en couche épaisse le soleil chauffe vraiment fort. Je dégouline littéralement de transpiration. La route tournicote sans cesse, il n'y a pas un mètre de plat, des côtes avec des passages à plus de 10%, le GPS affiche 39 degrés. Je suis cloué au bitume, recherche l'ombre où elle est, en roulant même à gauche quand la visibilité me le permet pour éviter le soleil, m'arrête à quasiment chaque cimetière (et il y en a pas mal, à croire qu'ils sont tous morts dans la Creuse !) pour prendre de l'eau fraîche qui devient chaude en un rien de temps. Je me pose des questions et commence à me dire qu'il va falloir penser à trouver un hôtel pour dormir plus tôt que prévu car pour le moment je n'avance pas très vite et ne suis vraiment pas efficace. J'appelle mon père pour obtenir des infos mais il s'avère que la zone où j'évolue et celle où je souhaite m'arrêter (aux abords du lac de Vassivière) est très pauvre en hôtel. Ou alors c'est déjà pris. Ou bien c'est trop éloigné de la trace.
Je fini par trouver finalement un gîte bien que je trouve qu'il arrive trop vite sur mon chemin, dans 15 kilomètres, alors qu'il est 18h45. Je mettrais malgré tout 1h15 pour le rejoindre dans la toute petite localité de Saint-Goussaud après une belle montée de 6 kilomètres grimpé à vitesse trèeees réduite. Il était temps que le calvaire cesse après 6 heures où je n'ai parcouru qu'à peine 80 kilomètres ! Ce gîte d'étape pour pèlerins situé sur une des voies de Saint-Jacques de Compostelle va me faire le plus grand bien. Premièrement je prends une douche me faisant un bien fou ! Puis je mange en compagnie du propriétaire qui a préparé un repas entrée-plat-dessert qui me redonne des forces. Le moment est un peu irréel alors que depuis 48 heures je suis dans ma course avec le seul objectif d'enfiler les kilomètres, je me retrouve là à de discuter en tête à tête de tout et de rien avec ce monsieur (ancien cadre chez Orange qui a fuit la vie Parisienne), fort sympathique au demeurant. Je ckeck la météo avant de me coucher à 21h et constate que des orages devraient éclater dans la nuit mais je programme tout de même mon réveil à 2h du matin. 5h de sommeil. Je sens que j'ai besoin d'une grosse nuit pour mieux repartir. C'est la première fois sur mes quatre participations à la RAF que je programme un si long sommeil et j'ai un peu l'impression de me mettre "hors course" en dormant si longtemps. Mais je pense qu'il le faut.
Il est 1h30 lorsque je suis réveillé par l'orage alors je jette un coup d'œil au radar météo sur mon téléphone et repousse le réveil à 2h30. Pas question de partir dans ces conditions alors autant prolonger la nuit. Le temps d'émerger, m'habiller et ranger les câbles notamment, qu'il est 3h du matin quand je quitte le gîte. Le vent souffle fort, il pleut très légèrement et quelques éclairs balaient encore le ciel mais pas question d'attendre, il est déjà tard, je suis descendu à la 39ème place du classement général et j'ai l'impression d'avoir passé une éternité à l'arrêt hors de la course. Je ne sais pas si l'orage va me tomber dessus (logiquement il s'éloigne) mais j'y vais.
Plaisir retrouvé et souvenirs réveillés
Cinq kilomètres de descente pour constater que la route est jonchée de feuilles et brindilles suite au fort coup de vent. J'observe le ciel. Toujours des éclairs, quelques grondements aussi. D'un coup les trois dernières vitesses ne passent plus sur mon vélo. Fait chi** ! Je m'arrête dans le premier petit village pour voir le problème et finalement ce n'est qu'une petite branche coincée dans mon dérailleur. J'en profite pour regarder le profil sur mon GPS : montée dans 1 km, longueur 6 km et prochain village dans 15 km. Pas de refuge pendant un moment si l'orage éclate. J'y vais. Il faut que j'avance ! Les nuages cachent la lune et il fait tout noir. La pente est régulière entre 5 et 6%, je grimpe sur un bon rythme, les jambes tournent bien, je suis content de retrouver des sensations et de prendre plaisir à grimper. Il n'y a pas un bruit à part le souffle de ma respiration, je n'ai pas pour autant l'envie de mettre de la musique, j'apprécie simplement le moment. Le risque d'orage a disparu, j'aborde une belle descente pleins phares pour ne pas rater de virage (pas comme la première nuit en Bretagne où j'ai fini dans l'herbe !). Ça remonte de nouveau et ça va monter par palier régulièrement pendant encore environ 70 kilomètres pour atteindre le plateau de Millevaches.
Le jour commence à se lever et j'aime profiter des variations de couleurs entre l'aube et le lever du soleil de 5h30 à 6h30. Les nuages sont parsemés, la nature reprend forme comme des ombres chinoises et l'horizon se dessine à nouveau alors que les premiers rayons du soleil percent entre les sapins aux abords du très beau lac de Vassivière. Le jaune orangé se mélange avec le bleu du ciel et le vert de la nature. Un silence d'ange à part les oiseaux qui s'éveillent et le bruit des pneus sur le macadam. Je prends beaucoup de plaisir et ma cadence est bonne dans ce secteur escarpé du massif des Monédières. Je sens que dormir dans un bon lit m'a été bénéfique.
Je suis tout de même content de retrouver un village avec de la vie à Chamboulive après 6h et 130 kilomètres de vélo. Boulangerie avec tarte aux fruits et délicieux pâté aux pommes de terre puis direction le café PMU juste à côté pour café, chocolat chaud et boissons fraîche. Je retire l'imperméable car la température était un peu fraîche sur le plateau et me rejoigne alors Romain (USS423) et Julien (qui termineront respectivement 21ème et 19ème à Mandelieu). Je connais un peu Romain car il a écumé les course FFC de l'île de France aux débuts des années 2000 en même temps que moi. Assis sur cette terrasse face à l'église au cœur du village sous un ciel désormais tout bleu je ne peux m'empêcher de me remémorer mes vieux souvenirs d'enfances avec mes grands-parents dans cette campagne du Berry pas si éloigné, lorsque nous nous attablions au café pour siroter une menthe à l'eau accompagné d'une part de flanc à la fin du marché hebdomadaire. J'ai un peu l'impression de retrouver cette ambiance comme une madeleine de Proust.
J'écrase les pédales et ça répond !
Mais bon pas le temps de trop s'attarder (même si avec le recul cet arrêt a été trop long et je dois encore gagner du temps sur ce genre de pause et être plus efficace) il y a de la route si je veux être à Montastruc la Conseillère ce soir. Je rejoins les alentours de Brive la Gaillarde sur un gros tempo en roulant fort sur cette portion assez descendante puisque j'ai récupéré 6 places au classement depuis mon départ à 3h du matin.. Voici maintenant le Puy d'Yssandon à grimper, comme une verrue posée dans le décor. Une montée abrupte avec de gros pourcentage aux alentours de 12%. La vue est belle au sommet, 360 degrés sur la campagne Corrézienne. Mon prochain objectif car il est important de segmenter le parcours avec des objectifs intermédiaires est la ville de Souillac dans le Lot, d'ici 50 kilomètres, en flirtant avec le département de la Dordogne au passage. Là-bas il y a un ravitaillement possible avec un café gîtes spécialement pour les cyclistes : "la Bicicleta Ravito". Et ça va commencer à sentir le Sud !
La végétation change, ça devient plus arides, les murs en pierre sèche qui bordent les petites routes ainsi que les villages typiques ne trompent pas. J'arrive à la Bicicleta à 14 heures avec un accueil chaleureux et me restaure avec un excellent croque-monsieur ajouté à des pâtes à l'huile d'olive et un gâteau pour dessert ! Lucas (USS407) arrive peu après moi, c'est un jeune concurrent de 26 ans très sympathique que je retrouverai plus tard sur mon chemin. Il fait encore chaud l'après-midi pour la traversée des Causses de Gramat (le magnifique village de Rocamadour n'est pas loin) puis du Quercy avec de belles montées à négocier et très souvent de petites voir même de très étroites routes au revêtement granuleux qui tapent pas mal.
Je retrouve Loïc, que j'avais quitté la veille à Argenton sur Creuse, à Labastide-Murat. Il me confit qu'il est dans le dur et qu'il va lever le pied pour la suite. Je ne le reverrai plus sur cette édition puisqu'il franchira la ligne le samedi 21 juin. Je m'achète pour ma part 3 boissons fraîche et un Kinder-Bueno (un peu de gourmandise quand même !) puis repars quasi illico. Je n'oublie pas de m'alimenter en roulant avec mes produits de l'effort (pâtes de fruits, gels coup de fouet, gourdes salées Andros sport) pour garder une bonne glycémie et un apport vitaminique suffisant. J'ai aussi un sachet de mélange d'oléagineux et de fruits secs dans ma poche de maillot pour piocher dedans régulièrement.
Je retrouve un bout de route emprunté l'an passé sur l'épreuve après avoir traversé le Lot alors que le profil devient un peu moins vallonné au fur et mesure que l'on se rapproche de Montauban. Il est environ 20h, encore 3 heures d'effort pour rejoindre la base de vie. Je continue ma route avec de très bonnes sensations dans une région que je ne connais pas beaucoup et que j'apprécie découvrir. Je rattrape Lucas (repartis avant moi de Souillac) et continue d'écraser les pédales. Plus je me rapproche de Montastruc la Conseillère et plus je me sens euphorique. J'appuie encore plus fort ! Une zone avec 4 belles bosses successives à effacer me voit doubler encore un concurrent. Des éclairs apparaissent mais ça semble être des éclairs de chaleur. Il fait nuit pour les derniers kilomètres sous une température encore très douce tandis que les places de villages sont animées en ce samedi soir.
J'arrive finalement aux environs de 23h-23h30 sur la BDV, sur les talons de Francis (USS535) que j'avais en point de mire avec sa lumière rouge depuis quelques kilomètres. L'accueil des bénévoles dont ma maman est très attentionnée, je vais maintenant récupérer mon drop bag pour quelques changements d'affaires et recharge alimentaire avant de me doucher, manger et dormir.
Remontée vers le Nord par les reliefs
Dimanche 15 juin, 5h30, quelques personnes dorment sur les lits de camps, ça ronfle pour certains ! D'autres sont repartis alors que je me réveille difficilement en ce jour de fête des pères. J'avoue que je n'y pense pas sur le moment. Les enfants en visio un peu plus tard me le rappelleront. Mon premier réflexe est de consulter la carte du suivi live pour voir où se trouve mes concurrents et combien de temps se sont-ils arrêté. Pour ma part j'ai dormi 5h, ce qui est une gosse nuit sur une telle épreuve, mais cela me permet d'éviter les coups de pompe durant la journée, je suis plus efficace sur le vélo en développant plus de watts, et je prends par la même occasion plus de plaisir sur la course ! Tout s'est très bien passé la veille après une bonne nuit, j'espère donc que cette journée pour la remontée jusqu'à Clermont-Ferrand se passe aussi bien. Le temps de manger, ranger les affaires, débrancher tous mes appareils en charge sur les bornes dédiées de la base de vie et regonfler mon pneu avant sous-gonfler depuis 700 km (!) et me voilà prêt à partir.
Le temps passe très vite puisqu'il est déjà 6h30 quand je reprends ma route sous un ciel gris encombré de gros nuages mais avec une douce température. J'ambitionne d'être à Besse pour minuit et peut être de pousser jusqu'à la BV de Clermont, mais rien de sûr encore, je verrai mon état de fatigue au moment opportun pour prendre ma décision. Quoiqu'il en soit le stade de la mi-course est franchi et quand bien même le gros du dénivelé est encore devant nous je suis content du chemin déjà parcouru. Trois jours et demi de passer, la même durée encore si je veux finir en un peu moins de 7 jours (je vise une arrivée le 18 juin vers 17h à ce moment-là), je sais que ça va être serré pour atteindre cet objectif mais j'y crois ! Pour le moment je me sens vraiment bien (qui plus est dans des habits propre !) sur les premiers kilomètres de la journée, alors que le profil plissé comme une feuille de papier froissé va devenir nettement plus vallonné au fil des heures.
Comme les prévisions météo l'annoncée la pluie se met à tomber et l'orage à gronder. Ça ne va pas durer longtemps mais assez pour qu'un gros coup de tonnerre tout proche me fasse sursauter ! Pas très rassurant au milieu des forêts. Je double Benjamin, USS557, déjà doublé la veille au soir (donc reparti avant moi de la base de vie) sur cette remontée du parcours vers le nord peu avant de pénétrer en Aveyron. Les côtes sont ici bien plus prononcées aux abords des gorges de l'Aveyron, c'est d'ailleurs là que je double Romain (il a dormi moins que moi sur la base de vie). Encore une fois la circulation automobile proche du néant est un vrai bonheur pour pédaler. Il se remet à pleuvoir une belle averse lorsque que je me détourne légèrement de la trace pour me ravitailler dans une épicerie repérée sur GoogleMaps dans le petit village de Monteils, proche de Najac. Mon choix va s'avérer peu judicieux car il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Pas de sandwichs car la patronne me dit qu'elle n'en vend jamais ! Je veux lui prendre un genre de feuilleté au fromage mais elle me le déconseille car il est en vitrine depuis 48 heures ! Bon eh bien je prends de la rosette en tranches, des pots de riz au lait et un lion. Ça me permet de varier un peu quand même. Je ne m'attarde pas et repars vite.
Rencontres furtives au gré des kilomètres
Je recroise Romain sur le bas-côté de la route, allongé sur un muret en train de dormir. Tout est normal, la RAF quoi. Je refais un petit stop dans la très belle localité de style médiéval à Villeneuve d'Aveyron, proche de Villefranche de Rouergue, car j'ai besoin de manger quelque chose de plus consistant. Par chance le marché dominical se termine dans le centre historique. Je m'y aventure sur de gros pavé disjoint et jette mon dévolu sur une Truffade ! Je m'installe sur le trottoir pour la déguster et même froid c'est excellent ! Romain s'est réveillé de sa micro sieste et me retrouve pour manger rapidement aussi. Nous repartons ensemble mais dès la côte suivante chacun prend son rythme et je m'éloigne inexorablement. Nous nous reverrons seulement une fois la ligne franchi a Mandelieu puisqu'il terminera 2h après moi.
Il fait chaud en ce début d'après-midi aux abords de Figeac en longeant le Lot un court instant. Mais en prenant de la hauteur dans le Cantal pour rejoindre Aurillac le vent va se lever un peu, permettant ainsi de moins ressentir la chaleur. Mes sensations sont bonnes, j'avance bien, ne subit pas de baisse de régime, pas d'envie de faire de sieste, une bonne puissance conservée dans les ascensions, ma nuit de 5h était un bon choix. Cette stratégie semble payante. Peu avant d'arriver dans la préfecture du Cantal je passe une commande sur l'application McDonald's pour un arrêt express au fast-food : deux burgers et une boisson fraîche, un peu de frites mais pas trop car souvent trop salé, laissant une envie forte de boire par la suite. Il est important de manger à cet instant car nous sommes dimanche, il est environ 17h, et je ne trouverai absolument rien ensuite. Je retrouve Romain (un autre !) qui finit de manger et que j'avais croisé la première nuit en Bretagne. Il file à l'hôtel se reposer et repartira le lendemain car un de ses genoux le fait souffrir (il finira 31ème à l'arrivée). Quant à moi j'englouti mes burgers et repars rapidement car je souhaite passer le Pas de Peyrol de jour.
Avant ça il y a la route des Crêtes durant une vingtaine de kilomètres. Qui dit crêtes signifie hauteurs et point de vue et contrairement à l'an passé où j'étais passé ici dans les nuages et sous la pluie le soleil illumine aujourd'hui les monts d'Auvergne alentours pour le plus grand plaisir des yeux. J'adore évoluer sur ce genre de route en balcon avec vue panoramique et je n'en rate pas une miette ! Et voici donc la montée du Pas de Peyrol, plus haut col routier du massif central à presque 1600 m d'altitude, et premier vrai col de cette Race Across France. 10 km de montée roulante à 6% de moyenne où je prends plaisir à bien enrouler le braquet, j'alterne les moments assis et les passages en danseuses pour finir les deux derniers kilomètres à flanc de montagne dans les nuages et atteindre le sommet après 55 minutes d'effort.
Cézalier venteux avant un repos luxueux !
Je suis complètement seul dans une ambiance assez étrange, j'enfile mon imperméable et me lance dans la descente pour une dizaine kilomètres. Rapidement sans trop savoir pourquoi j'ai mal sous les pieds avec cette désagréable sensation de brûlure et de picotements. J'avais déjà connu ça sur l'édition 2022 où chaque descente était un supplice. J'espère que cette gêne ne va pas me poursuivre jusqu'au bout mais en attendant elle est bien là ! J'essaie de bouger mes pieds dans les chaussures, de tirer sur les pédales (il y a des cales fixes sous la semelle extérieure) pour éviter le contact de la plante du pied mais cet épisode me gâche un peu cette descente malgré tout rapidement négocié. Il est quasiment 21h, les villages traversés paraissent sans vie et je commence à chercher mon hôtel à Besse sur mon smartphone. Tout en roulant j'arrive à gérer ma réservation pour une arrivée que je prévois vers minuit et demi. Si je pousse jusqu'à la base de vie il sera environ 3h du matin, je risque alors d'avoir une envie de dormir bien avant, de perdre du temps et prendre des risques inutiles. Je vais aussi décaler mon rythme, je trouve donc plus sage de s'arrêter avant 1h du matin.
J'entame à ce moment-là la montée sur le plateau du Cézallier et assiste à un superbe coucher de soleil. Des moments simples mais tellement beau que je ne me lasse pas de vivre dans ces conditions. Ça va quand même devenir plus difficile car cette "petite grimpette" s'étale quand même sur 12 kilomètres. Les 4 derniers sont totalement exposés au vent qui a décidé de jouer les troubles fêtes. Un vent de dingo qu'on peut m'entendre dire sur la vidéo prise au sommet de ce mont Chamaroux à presque 1400 m. La suite de ce plateau n'est que succession de montées et descentes à découvert, complètement isolé d'habitations. Je connaissais le plateau de Saclay tout plat, et bien là ça n'a rien à voir ! Un plateau ondulé où l'on ressent la solitude dans le noir le plus total. Du coup je chante un peu et regarde les messages WhatsApp ainsi que la position des autres coureurs via la Map lors des parties montantes. Je finis par arriver à mon hôtel de Besse, le Mildiss, situé pile sur la trace à 00h30.
Et là surprise je tombe sur un 4 étoiles, grand complexe hôtelier tout illuminé comme un oasis au cœur du désert ! Le veilleur de nuit est là pour m'accueillir. Il doit me prendre pour un extraterrestre. Ou un fou allié, c'est selon ! Je profite même du room service avec un succulent plat de lasagne, un peu chère, mais des lasagnes quand on a faim ça ne se refuse pas ! Je me retrouve avec un lit xxl où j'aurais pu y coucher mon vélo s'il était propre, quoiqu'il en soit je savoure la douche et dort comme un bébé ! Le réveil sonne à 5h30 après 4 heures de sommeil. J'ai un peu réduit ma nuit pour rester dans le coup avec les coureurs m'entourant au classement général pour essayer de remonter encore quelques places. J'ai gagné 9 places sur cette journée de dimanche et suis actuellement 21ème. Je peux essayer de grappiller encore un peu mais ce sera difficile de faire mieux que 15ème au final.
Frayeur dans le Forez
Je suis en selle peu après 6h15 avec un levé de soleil de toute beauté sur les volcans d'Auvergne, le massif du Sancy en toile de fond, posé là comme un tableau de maître qu'on ne se lasse pas d'admirer. J'adore cette région pour son caractère, j'y ai des souvenirs récents de vacances en famille et le passage à Murol avec son château médiéval me remémore de bons moments. S'il y a bien quelques montées, notamment près du rafraîchissant lac d'Aydat, le profil est majoritairement descendant jusqu'à Clermont-Ferrand. Je roule bien, me sent reposé, tout est ok pour une belle journée de vélo ! Je mettrais un peu plus de 2h30 pour rejoindre la ville et son flot de voitures qui ne m'avait pas manqué du tout ! C'est l'heure de l'école en ce lundi matin et le trafic se densifie à mesure que je m'approche de l'agglomération Clermontoise. Se faufiler à vélo en ville est tout un art, mais je préfère les grands espaces.
Je reste 1h sur la BV, le temps de bien me restaurer (les pains aux chocolats recouverts de Nutella trempé dans du lait frais, un régal !) en compagnie de ma maman venue me faire un petit coucou avant qu'elle parte pour le rush de la distribution des dossards du 1000 kilomètres. La sortie de la ville est moins pénible que l'entrée, moins de trafic automobile, mais prudence avec les différents aménagements urbains. C'est pourtant une voiture qui va me causer une frayeur avant Saint Babel en me projetant un caillou en plein sur mon masque. Un grand paf qui me fait sursauter ! Je comprends que j'ai eu de la chance d'avoir cette protection. Le caillou a été éjecté par le pneu et sa trajectoire aurait pu avoir d'autres conséquences. Je suis un peu sonné quand même.
Malgré cet épisode je suis très excité à l'idée de cette journée où je vais évoluer sur des routes que j'ai très peu empruntées : Le parc naturel du Livradois Forez et les routes sinueuses du nord Ardèche. Cette partie du parcours s'annonce bucolique mais aussi très vallonné avec tout d'abord 150 kilomètres ou les longues ascensions roulante entre vallées au cœur de forêts de sapins et parties plus roulante sur des plateaux dégagé vont se succéder, avec quelques beaux raidards aussi. Je me souviens d'ailleurs encore très bien de la terrible bosse menant à Saint Victor sur Arlanc avec ses passages à plus de 15%. Il a fallu s'employer sévère pour se hisser au sommet. Une quinzaine de minutes de grosse intensité ! Heureusement quand même que de belles descentes sont là pour se faire plaisir dans le pilotage. C'est notamment le cas de celle permettant de rejoindre les bords de Loire (elle est encore là 1000 km après Langeais) à Vorey.
Partage et solitude sur la route
Je vais m'arrêter ici à l'Intermarché pour manger et ce sera mon seul stop ravitaillement de la journée car je n'ai rien croisé d'autres et je ne croiserais rien d'autre après pour me restaurer. C'est dire que la trace nous fait passer dans des zones vraiment peu peuplées. Pour le moment je mange taboulé, riz au lait, charcuterie, gâteau et bien sûr plusieurs boissons fraîches. Après environ 45 minutes d'arrêt à manger par terre adossé à un platane je repars seul alors que j'ai roulé un long moment de cette première partie de journée avec Lucas (le coureur croisé à Souillac). Je l'ai rattrapé dans la matinée après avoir quitté la base de vie de Clermont un petit peu avant moi. Nous avons pas mal discuté et roulions parfois à vue, distant de quelques centaines de mètres.
Je retrouve donc ma solitude puisque je ne verrai plus personne de la journée. Et solitude est vraiment le mot avec les gros problèmes de réseau que rencontre mon opérateur téléphonique SFR ce jour. Impossible depuis plusieurs heures de se connecter à Internet n'y même de pouvoir passer un appel. Je ne peux pas consulter le profil à venir, ni le classement, pas de WhatsApp non plus, bref ça commence à devenir pénible. Surtout que je pense que c'est de moi que viens le problème. Je me reconcentre sur la route, qui est plate pendant une quinzaine de kilomètres pour longer la Loire jusqu'aux portes du Puy en Velay. Puis c'est parti pour un long moment de montée jusqu'au Mont Gerbier de Jonc. On a tous appris à l'école que c'est ici que la Loire prend sa source, et je vais enfin voir à quoi ce sommet ressemble. Mais il y en a pour 2h30 avant d'y arriver.
Je regarde l'heure sur mon GPS pensant qu'il est 14h. Il est en fait presque 17h quand j'entame cette ascension. Je n'ai pas vu le temps passé ! De toute façon après plusieurs jours a pédaler le rapport au temps change, les heures défilent sans y prêter attention. Signe aussi que les sensations sont bonnes et ça c'est vraiment cooool. Les bonnes nuits que je passe permettent de bien me régénérer sans que j'éprouve le besoin de faire une sieste en journée, comme c'est souvent le cas vers 13h. Depuis 3 jours les sensations sont bonnes et je ne gère pas trop mal mon avancée. Le vent en partie favorable depuis Clermont est également bienvenu pour avancer plus vite. Il m'aide encore à l'approche du sommet du Mont Gerbier, assez désertique d'un point de vue végétation. Nous sommes à 1417 m d'altitude et je passe devant ce grand dôme de roche parsemés d'un peu de verdure, comme un furoncle sorti de terre. C'est donc là la source de la Loire !
Vent violent sur les monts Ardéchois
Place à une belle partie descendante maintenant. Mais qui va s'avérer crispante. En effet le vent souffle puissamment sur les sommets Ardèchois. Des rafales (proche des 80 km/h) manque de me faire tomber à plusieurs reprises. Lancé à plus de 60 km/h je sens le vélo vibrer de toute part sous l'effet de l'une d'entre elle. Je freine en pleine ligne droite pour ralentir et ne pas perdre le contrôle, ouf ! Je d'éclipse même plusieurs fois la pédale pour rétablir mon équilibre mis à mal par les rafales prises de côté. J'ai mal à la nuque et aux épaules tellement je sers fort le cintre, courbé sur ma machine, pour limiter la prise au vent.
Une petite remontée de 4 kilomètres me permet de détendre un peu les bras et d'admirer le splendide couché de soleil sur les monts d'Ardèche. La luminosité rasante donne encore plus de relief aux collines. Un vrai moment privilégié que je savoure. La suite et la fin de la descente se fait à l'abri du vent sur une route étroite où je peux enfin me faire plaisir dans l'enchaînement des courbes bien tendues. L'approche de la vallée du Rhône se fait sur une route plus importante mais à 22h passé il y a très peu de voiture. Je me sens encore bien mais je vais m'arrêter dans la commune de Viviers car j'y ai réservé un hôtel (qui ressemble plutôt à un ancien monastère !). Une douche et un lit me font bien récupérer, j'ai donc décidé de ne pas dormir dehors pour continuer sur ma bonne lancé à l'amorce des 600 derniers kilomètres. Si je continue ma route je suis obligé d'aller jusqu'à Vaison la Romaine pour y trouver un hôtel, mais j'y arriverai trop tard dans la nuit. J'avoue aussi que le vent m'épuise et me "saoul" presque. J'ai très faim mais tout est fermé, heureusement que j'avais pris un sandwich triangle en plus à l'Intermarché, voilà mon dîner ! C'est peu mais il faut faire avec. Je me couche à 23h30 pour 3h30 de sommeil et je pense m'être endormi en moins de dix secondes.
La barre des 2000 km en Drôme Provençale
Pas question de rater le réveil ! Alors la sonnerie du téléphone est réglée sur le plus fort volume possible. Ça me réveille rapidement mais il me faut ensuite quelques minutes pour avoir les yeux bien ouverts. Ce n'est pas le moment que je préfère de la journée mais j'essaie de ne pas trop tarder pour vite me préparer et me mettre en selle. Mes concurrents directs se sont arrêtés un peu plus loin que moi, mais en repartant un peu avant 4h du matin et après avoir réduit un peu mon temps de sommeil cette nuit (3h30) j'ai bon espoir d'en rattraper certains dans la journée. Il me faut d'abord descendre 3 étages par des escaliers en colimaçon avec mon vélo sur l'épaule puis traverser la cour et taper le code pour ouvrir une énorme porte battante en bois et retrouver la liberté !
La température est élevée pour cette heure puisqu'il fait 21 degrés, je n'ai du coup même pas besoin de veste, ni de jambières, seulement les manchettes, pour le moment baissé. Je traverse le Rhône en tenant fermement le cintre car le mistral souffle toujours fort. Ce passage symbolise pour moi l'entrée dans le quart sud-est de la France et donc la dernière partie de course et la montagne toute proche. Je franchi ensuite l'autoroute A7, l'autoroute des vacances ! Le vent bien présent alterne entre me pousser où me freiner selon ma progression et quelques côtes parsèment le coin. J'assiste encore une fois à une superbe levée du jour et du soleil entre les vignes des côtes du Rhône avec cette odeur si caractéristique. Je m'arrête à 6h30 à Vaison la Romaine où une crêperie café déjà ouverte me permet d'enfin me restaurer avec autre chose que mes pâtes de fruits et gels. Café, chocolat chaud, quiche lorraine, quiche aux légumes, muffin, jus d'orange. Un vrai festin ! Je me retrouve avec Fabien (USS372) (qui avait fini 10 minutes devant moi l'an passé sans le voir de la course !) que je rencontre pour la première fois. Nous échangeons un peu puis il repart avant que je ne l'imite.
J'ai froid un court instant en redémarrant mais je me réchauffe très vite avec le début du col de Fontaube qui marque l'entrée dans la Drôme et plus particulièrement dans les Baronnies. Le Mont Ventoux, ce géant chauve grimpé l'an dernier, nous surveille et domine la zone sous un ciel d'un bleu immaculé. Je profite qu'il ne fasse pas encore trop chaud sur ces routes merveilleuses pour la pratique du vélo. La bascule du col effectué laisse place à la descente en passant par le superbe village perché de Brantes puis le pied du château de Montbrun les Bains, qui marque le départ de l'ascension du col de Macuègne, où je double deux concurrents, dont Fabien (il se classera 20ème). Après ces 10 kilomètres de montée il me reste encore 32 kilomètres pour l'approche du Signal de Lure. La température monte, mes bidons se vident, il est alors temps de s'arrêter pour les remplir. Je tombe sur un local avec distributeurs en tous genre dans le village de Noyers sur Jabron. Les producteurs locaux y vendent ici leurs produits. Malheureusement pas grand-chose à manger sur le pouce. J'opte pour 2 pains au chocolat et 1 litre de jus de pomme pour l'un de mes bidons. Six kilomètres plus loin, au pied de la Montagne de Lure, un cimetière me permet de remplir mon autre bidon et de boire à ma soif car je rationnais depuis un moment.
Grosse fatigue et mental friable
Voici donc l'une des grosses ascensions de cette édition, 21 kilomètres pour se hisser à 1826 m d'altitude. Une pente aux environs de 6 ou 7 pourcents, quasiment l'intégralité dans la forêt, seuls les ultimes kilomètres se font à découvert. D'où son surnom de petit Ventoux pour ce sommet caillouteux. Un peu moins de 2 heures me seront utile pour atteindre le sommet. La descente est un pur bonheur avec des enfilades de virages droite gauche négociés sans besoins de freiner et des épingles plus serrées pris au cordeau. Par contre je ressens nettement la température augmentée, proportionnellement à l'altitude qui diminue, en plus de l'odeur si caractéristique de cette forêt d'épineux.
Deux heures pour les 50 kilomètres restant jusqu'à Dignes les Bains me seront nécessaires, en traversant la Durance au cœur des Alpes de Haute Provence. Il est 16 heures lorsque j'arrive sur cette base de vie où m'attend mon second drop bag. J'y retrouve du ravitaillement pour les 400 prochain kilomètres, une batterie externe pleine et un change. Je vais pourtant garder les mêmes habits car j'ai vraiment la flemme d'aller me doucher et me changer ! Après m'être assis pour manger (riz, jambon, quatre-quarts, banane) je ressens un terrible coup de fatigue. J'hésite à aller m'allonger sur un lit de camp avant de repartir. Mais comme je souhaite arriver au barrage de Serre-Ponçon avant la nuit je préfère y renoncer. Mais au lieu de repartir tout de suite je végète un peu et somnole sur ma chaise ! Le fichier de mes données sommeil qui m'a été transmis grâce au bracelet que je porte au poignet montrera d'ailleurs un court moment de sommeil à cet instant-là.
Je repars finalement à 17 h 45 en 18ème position sans grande motivation, en étant complètement dans le down. Francis, Guillaume (USS266) et Lucas que j'ai pu voir en arrivant sur la base de vie sont déjà reparti et je sais que ça va être très compliqué de les rattraper, car ils ne roulent pas moins vite que moi. J'appelle Karen au téléphone, ma femme, sur les premiers kilomètres qui grimpent déjà, pour discuter, passer le temps et penser à autre chose car j'ai le moral au plus bas. J'ai pris un peu de retard sur mes prévisions, je sais que je ne vais pas passer sous la barre des 7 jours, j'ai une grosse envie de dormir mais il faut que j'avance. Les 60 kilomètres jusqu'à Sisteron via le col de Font-Belle se font sur une petite route sinueuse avec des graviers signalé dans la descente, je veux donc passer cette partie avant la nuit. Je fais le "dos rond" pour passer ce moment plus difficile où je lâche un peu mentalement, tout en essayant de positiver pour ne pas sombrer.
Instants singuliers de rouler la nuit
Je retrouve de l'énergie et de l'envie après ces deux petites heures difficiles avec un coucher de soleil encore une fois magnifique sur les montagnes et la vallée de la Durance, aux abords de Sisteron. J'arrive à savourer ce moment car demain à la même heure la course touchera à sa fin. Je suis envoûté par le silence et la sérénité que dégage les lieux. Il fait nuit lorsque j'attaque le col des Sagnes (1182 m) alors que les Patou aboient au loin. Heureusement le berger est là à bricoler la clôture pour ses nombreux moutons, m'évitant une poursuite par les chiens (du déjà vécu !). Pédaler la nuit en montagne est toujours une expérience sensorielle à vivre : je ressens le vide tout proche de moi par moment sans pour autant distinguer le décor. J'entends le fort débit des torrents sans les voir. C'est d'ailleurs tous les bruits environnants qui deviennent plus mystérieux. Je suis absorbé par la ligne blanche centrale de la route pour mieux me guider dans la descente à vive allure, malgré le noir. Pédaler la nuit c'est se sentir vivant dans un monde endormi.
Il est minuit passé lorsque je m'arrête dans un camping proche du lac de Serre-Ponçon. Pas question d'y louer un quelconque logement, je m'installe sur la terrasse du snack avec ma doudoune et ma couverture de survie pour y dormir 2h30. C'est court mais c'est la dernière nuit, donc pas question de faire plus. Je mange rapidement un sandwich préparé sur la BV de Dignes avant de m'allonger. A 3h15 je suis en selle pour continuer ma route direction Jausiers et le pied du col de la Bonette. Cette remontée de la vallée de l'Ubaye va me prendre 3h. J'en gardais un souvenir compliqué sous la chaleur lors de mon passage ici même en 2023 pour la RAF aussi, ça s'est mieux passé cette fois. Après avoir été éclairé par la lune j'ai pu profiter du levé du jour aux chants des oiseaux en admirant les changements de couleurs. Du rose au jaune orangé puis jaune pâle se reflétant dans les eaux de la rivière, les nuances de bleu avec les montagnes devenant de plus en plus imposantes, me faisant me sentir tout petit. Un moment de poésie malgré la difficulté.
Je profite de la base de vie de Jausiers pour bien manger en compagnie de ma maman qui s'est levé pour venir me voir. Les trois de devant (Francis, Guillaume et Lucas) sont repartis depuis peu mais j'ai besoin de cette pause. Je m'éternise tout de même un peu trop avec environ 1h d'arrêt alors que j'avais prévu 30 minutes. En repartant je m'aperçois que j'ai oublié ma crème anti-frottements pour cuissard à Dignes les Bains. Heureusement il ne me reste plus que 250 kilomètres. Je me rends compte que j'étais vraiment dans le gaz à Dignes.
Au sommet de la plus haute route d'Europe
C'est maintenant l'heure du col de la Bonette ! Le toit de cette édition 2025 et le col routier le plus haut d'Europe avec 2802 d'altitude puisque nous devons monter jusqu'à la Cime. 23 kilomètres dans cette zone préservé du Parc National du Mercantour comme une communion avec la nature. Les marmottes sifflent et les rapaces marquent leur territoire alors que la végétation va disparaitre au fur et à mesure pour laisser place à cette roche noir caractéristique de ce géant des Alpes du sud. Le calme des lieux est seulement perturbé par le bruit des motards, assez nombreux à cette heure matinale. Quant à la pente, elle n'est pas si dure, bien que le poids du vélo mêlé à la fatigue de plusieurs jours à s'employer physiquement rendent le moment plus compliqué. Je monte sur un rythme régulier, pas très vite, mais sans le besoin de faire de pause. Je suis content de mon allure mais il faut quand même puiser dans ses réserves pour avancer mètre après mètre. J'admire le paysage évolutif à mesure que je prends de l'altitude. La météo est idéale et les vues splendides.
C'est une récompense d'arriver à l'approche du sommet avec des vues vertigineuses autour de moi. Le dernier kilomètre est le plus difficile avec 10% de pente mais la satisfaction est grande lorsque je pose près de la stèle marquant le sommet. Deux heures d'effort et de contemplation pour être là. Je prends 5 minutes pour profiter du moment et simplement regarder autour de moi.
Vingt-six kilomètres de descente m'attendent maintenant jusqu'à Saint Etienne de Tinée. Le bonheur simple de ressentir la vitesse, le bruit du vent, le pilotage dans l'enchaînement des virages. Un vrai régal ! Les épaules, la nuque, le bas du dos et les mains sont un peu douloureuses et le besoin de faire quelques contorsions sur le vélo pour s'étirer se font sentir. Il reste désormais 43 kilomètres en grande partie descendant dans cette vallée de la Tinée mais un très fort vent de face va changer la donne. J'apprendrai en arrivant à Mandelieu par les trois compères qui évoluent une bonne heure devant moi qu'il n'y avait pas un brin de vent à leur passage. Rageant ! Je dois appuyer fort sur les pédales pour simplement avancer à une allure convenable. Je croise Pogaçar et son équipe en stage dans le coin ! Je m'arrête aussi rapidement dans une épicerie à Isola pour acheter un sandwich, des gâteaux et des boissons fraîches car la température a nettement grimpé, il fait très chaud. Je m'étale la crème solaire et continue ma route en mangeant mon sandwich.
Chaleur et douleur avant l'émotion
Un peu plus loin la route bifurque à droite pour une montée en plein cagnard. Je me concentre sur ma respiration, ma cadence de pédalage et profite quand même des paysages arides des Alpes-Maritimes aux sons des cigales. Ah le sud ! La route nationale ensuite sur 16 kilomètres de long jusqu'à Puget-Theniers va me faire rôtir avec un thermomètre montant jusqu'à 41 degrés ! Je m'arrête ici dans une station-service pour de l'eau fraîche, des boissons fraîches à consommer sur place et deux que j'emporte dans mon maillot. Bien gérer la chaleur est la clé de la réussite et surtout veiller à toujours bien transpirer pour ne pas être en déshydratation.
L'arrière-pays au cœur du parc naturel régional des Préalpes d'Azur est magnifique pour ses paysages et ses petits villages typiques avec quasiment toujours une fontaine (bien utile en ce jour). Mais ces lieux n'en restent pas moins escarpés avec trois cols encore à escalader, dont l'interminable col de Pinpinier en passant par la somptueuse clue d'Aiglun et son canyon à pic. Plus l'arrivée se rapproche et plus l'impatience me gagne. Ma roue libre fait de plus en plus de bruit, les roulements semblent HS. Mon genou droit recommence à me déranger à force de tirer sur les pédales. Je l'avais déjà ressenti avec parcimonie sur les dernières 48 heures mais sans gêne exagérée. Il reste moins de 100 kilomètres, tout ça va tenir. L'épuisement n'est pas loin mais la délivrance est proche ! Les messages reçus sur le groupe WhatsApp me stimulent alors que je distingue un bout de Méditerranée au loin !
Enfin une partie descendante non loin de Grasse, la Ville parfumée ! L'urbanisation est de retour un instant alors que je me dirige vers le lac de Saint Cassien, sous le soleil déclinant. La toute dernière montée se présente à moi, le col du Tannerron, que je connais bien pour l'avoir montée lors des deux dernières éditions de la RAF. Un dernier moment de solitude en jetant un coup d'œil sur ma gauche pour ne pas rater ce dernier couché de soleil, comme une ode à la mélancolie. Je m'emploi avec mes dernières forces pour arriver le plus vite possible en haut et pouvoir admirer la baie de Cannes avant la nuit. J'y parviens non sans difficulté avec mon genoux droit qui me fait maintenant vraiment souffrir à chaque coup de pédale. Je serre les dents, cri ma douleur mais aussi ma délivrance d'avoir atteint ce dernier sommet.
Je peux alors aborder la descente en me remémorant tout le chemin parcouru depuis Dinan, tous ces départements traversés. Je reste prudent sur ces derniers kilomètres en ville avec mes enfants en appel visio qui s'apprêtent à franchir la ligne d'arrivée avec moi. Un peu plus de 2600 kilomètres et environ 36000 mètres de dénivelé positif pour enfin rentrer dans la ville de Mandelieu la Napoule après 7 jours et 2h de course. Je suis soulagé d'arriver et de devenir finisher pour la quatrième année consécutive ! La joie est intérieure et le sentiment d'accomplissement énorme. Le mental et le physique ont été mis à rude épreuve et je savoure ce moment comme il se doit, récompense de nombreuses heures d'entraînements depuis 6 mois. Je pose le vélo pour de bon et le remercie de ne pas m'avoir lâché et tenu le coup lui aussi ! Je me classe 18ème, c'est pas mal, mais je pense pouvoir faire mieux sur une prochaine édition. Peut-être pour les 10 ans de la création de cette incroyable course, qui serait ma 5ème participation ?
En chiffres
212 partants (dont 7 femmes) -143 finishers - 69 DNF
Je finis 18ème au classement et 6ème/33 de la catégorie 40-45 H
J'ai mis 7 j 2 h 8' pour 2610 km avec 35 400 m de D+
J'ai eu 47 heures d'arrêts (18,5 % du temps total) pour 20 heures de sommeil soit 123 heures à pédaler
3 nuit dehors - 1 crevaison - 2 burgers - 0 pizza - 3 parts de flan
+ de 250 photos et vidéos prises
Des centaines de messages de soutien sur WhatsApp !!!
Le classement de la course Croire en ses rêves...
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