Ma troisième participation d'affilée à la RAF 2500 s'est avéré plus difficile que prévu mais j'y ai toujours cru. Manque de repos avant le départ et petites blessures auront compliqué cette édition. Faire face à l'imprévu est l'essence de l'ultracyclisme, ma motivation sans faille est restée mon carburant. Récit sincère de 7 jours à pédaler.
TOUJOURS Y CROIRE
La plaine Picarde traversée de nuit
Rendez-vous est pris au B'twin village de Lille en ce jeudi 20 juin 2024. Le lieu, dédié à la pratique du vélo sous toutes ses formes, est moderne et chaleureux. J'y étais passé rapidement l'an passé après 250 kilomètres de course et j'apprécie passer un peu de temps ici pour les derniers instants de préparation avant mon troisième départ sur ce format 2500 kilomètres. Je m'aperçois que d'année en année l'organisation grandi et se structure. Ma sœur m'a fait la surprise de venir depuis Paris pour ce moment toujours particulier. Avec ma maman présente cette année au départ mais aussi sur toutes la course en tant que bénévole (je la verrai sur les bases de vie) je profite pleinement de leur présence avant le grand départ. Celui-ci s'est effectué sous une météo clémente, en soirée, à 21h12 pour mon cas...
Une profonde respiration et c'est parti pour 2550 km ! Les premiers kilomètres sont toujours un peu spéciaux, entre excitation et appréhension. La nuit tombe rapidement du fait de mon heure de départ, il fait bon mais l'ambiance est humide. Je roule à un bon rythme tout en me laissant une petite marge (la route est longue !). Une grosse envie de dormir me rattrape vers minuit en traversant la plaine Picarde. Je mets un peu de musique, je chante et mange (sandwichs au saumon fait maison et Dragibus) car il n'est pas question de s'arrêter dès maintenant, si tôt après le départ ! Je m'étonne du peu de coureurs croisés sur la route, je ne vois pas de lumières ni devant ni derrière. Vers 2 heures du matin je me fais rattraper par Victor (USS276), un pote à moi avec qui j'ai longtemps couru en club. Nous avions déjà roulé un peu ensemble l'an passé sur la course. Un petit arrêt cimetière pour remplir les bidons, où je croise aussi Sébastien (USS72), et nous repartons promptement !
Arrivée au petit matin à la base de vie de Lizy sur Ourcq, je me ravitaille et repars après une petite vingtaine de minutes d'arrêt. Je pars avant Victor pensant qu'il me rattrapera mais je ne croiserai plus, il abandonnera à Bagnères-de-Bigorre (km 1715) par suite d'un genou trop douloureux. La route vers Montargis s'effectue sur des routes que je connais assez bien puisque je ne suis pas loin de la maison sur cette partie de la Seine et Marne. J'ai faits beaucoup de course FFC dans ce coin entre 2000 et 2010 ou c'est souvent plat et tout droit à travers champs. Ce n'est pas l'endroit le plus sexy pour faire du vélo et en plus la pluie se met à tomber. Je reste en manches courtes, n'enfile pas d'imperméable, et appuie sur les pédales bien calé sur les prolongateurs en mode "machine". Plus les kilomètres avancent plus il pleut fort, je suis bien mouillé et doublent pas mal de concurrents. Je rentre progressivement dans ma course en oubliant un peu "le monde extérieur". J'ai vraiment de très bonnes sensations en cette fin de matinée. La météo maussade ne me dérange vraiment pas et j'éprouve beaucoup de plaisir à être là. Je tempère tout de même mes ardeurs pour ménager mon genou gauche.
Une météo très pluvieuse nous accompagne
Une trentaine de minutes me suffisent pour manger dans une boulangerie à Montargis et je repars. Le parcours longe ensuite le canal de Briare, c'est très sympa mais avec la pluie la piste est sale, de nombreuses personnes crèvent dont moi de la roue avant. Après plus de 6 heures sans discontinuer la pluie s'arrête aux portes du Morvan où les côtes deviennent plus longues. J'avance toujours assez bien tout en veillant à bien tourner les jambes, sans abuser des gros braquets, pour notamment limiter les contraintes sur mon genou gauche donc. Il a été détecté récemment une fissure du ménisque et une tendinite du tendon collatéral quelques jours avant le départ. Je suis très attentif à lui car c'est vraiment ce problème que je crains sur le long terme. Cela m'empêche de courir depuis plusieurs semaines mais le vélo ne m'occasionne pas de gêne importante. Malgré tout je ne sais pas comment il va réagir sur le long terme. De petits grains viennent encore nous arroser mais je continue sur un bon rythme sans faire aucun arrêt pour rejoindre Gueugnon à 22h30, en profitant d'un très beau coucher de soleil sur les contreforts bourguignon. 620 kilomètres en 25h sont alors bouclés. Je mange et pars dormir 3 heures sur un lit de camp de cette base de vie.
Ça ronfle fort lorsque je me réveille pour repartir un peu avant 3 heures du matin direction l'Auvergne et les premiers cols. Là encore il fait bon, je profite du calme paisible de la nuit. Quelques côtes se dressent sur le parcours au lever du jour, c'est calme, il fait un peu plus frais aussi et je m'arrête à Lapalisse dans une excellente boulangerie pour le petit déjeuner. La plaine pour rejoindre Clermont-Ferrand est un peu pénible d'autant plus avec un vent de face se renforçant. La chaîne des Puy commence à s'élever au loin. C'est alors parti pour une belle ascension afin de rejoindre le sommet du col de la Croix Morand à 1400 m d'altitude. J'ai un peu de mal à trouver mon rythme sur les premiers pourcentage parfois fort (le changement de braquet est brutal !) car la pente est parfois assez raide. Le soleil est encore de la partie, il fait même chaud, mais plus pour longtemps. Le vent (toujours défavorable) se renforce encore sur le plateau avant d'aborder les sept derniers kilomètres d'ascension. Le changement de météo est alors radical avec la fin du col qui s'effectue dans les nuages sous une petite pluie fine, mais pénétrante, et la température à chuté à 5 degrés ! Je n'ai pas froid du fait de l'effort fourni et j'aime ce lieu avec cette ambiance automnale.
Je ne prends du coup pas le temps de me couvrir et suis encore en manches courtes au sommet pour me lancer directement dans la courte descente jusqu'à Mont Dore. Je m'arrête dans cette localité un moment pour manger et me réchauffer car je sais qu'après je risque de ne pas trouver de quoi me ravitailler. Je me couvre aussi avec mes jambières et mon imperméable car je suis maintenant frigorifié. Un chocolat chaud et un café m'aideront à me réchauffer. Toute l'après-midi va s'effectuer sous une pluie forte et incessante, des températures basses pour la traversée du Cézallier avec une succession de montées et descentes où mes jambes répondent vraiment bien. On se croirait à la fin de l'automne mais cette météo ne me dérange pas du tout !
Une aide bienvenue à Aurillac
La montée du Pas de Peyrol, plus haut col routier du Massif Central s'effectue avec une belle lumière puisque le ciel s'éclaircit un court instant. De l'autre côté le ciel est bas, la pluie recommence. Je traverse Salers en me croyant en hiver avec l'odeur des cheminées qui se dégagent des maisons. La dernière ascension du jour, le col de Legal, s'annonce, alors que la pluie redouble d'intensité. Malgré ce temps les nombreux troupeaux de vaches croisés ont l'air paisibles. Il n'y a bien qu'elles que je croise car je n'ai pas vu un concurrent depuis un moment.
L'arrivée à Aurillac aux environs de 21h30 coïncide avec l'arrêt de la pluie après avoir était arrosé pendant 8 heures ! Avant de continuer vers Figeac ou j'ai réservé un hôtel je m'arrête ici manger une pizza. Je m'aperçois alors que mon téléphone n'a plus de batterie (je l'avais mis à l'abri de la pluie plutôt que sur le cintre). Il ne veut plus charger car le port USB est humide ! Je ne peux donc pas consulter mes mails pour connaître le code me permettant de rentrer dans l'hôtel...
Heureusement le gérant de la pizzeria me prête son téléphone pour joindre Karen (ma femme) qui me communique le code. Ce monsieur m'offre même un café avant de repartir. Il me reste tout de même encore 75 kilomètres jusqu'à Figeac. Les premiers kilomètres sont laborieux, encore des côtes alors que je pensais trouver une partie descendante. J'ai l'impression qu'on nous fait tourner en rond pour rajouter du kilomètres et commence à m'énerver. J'ai chaud (trop couvert cette fois), j'enlève donc une couche de vêtement. Surprise au détour d'un village quand un feu d'artifice éclate et vient rompre le silence ! Enfin la route descend, une longue partie en faux plat descendant vers le Lot. Pour les paysages je repasserai car il fait bien noir. Quelques virages se resserrent et me surprennent, je suis très attentif car il y a de la brume et la route est jonchée de feuilles et de brindilles. Attention à ne pas aller au tas ! Les 20 derniers kilomètres sont plats, la pleine lune m'éclair bien, mais je me languis d'arriver à l'hôtel. Je chante un peu et me raconte des blagues tout seul pour passer le temps ! Il est 1h30 lorsque j'arrive à l'hôtel, le fameux code fonctionne, je vais pouvoir me doucher et dormir un peu après 410 km en 22 heures.
La fatigue me rattrape déjà
Je quitte mon hôtel aux environs de 5h30-6h du matin. La ville de Figeac a l'air magnifique mais je n'ai pas le temps pour la visite. Pour respecter mon plan de marche je souhaite arriver à Anglet vers minuit, soit 400 km en 18h. Faisable ! Il fait bon, un peu nuageux, nous longeons souvent le Lot avec de belles falaises où des habitations y sont nichés. Les oiseaux chantent et ça sent bon la végétation estivale ! Je croise des brocantes aux détours de quelques villages avant d'en prendre plein les yeux au passage à St Cirque Lapopie, splendide village sur les hauteurs du Lot. Il y a une belle bosse à grimper, heureusement que les jambes sont bonnes. Puis quelques kilomètres plus loin pschitt ! Crevaison de l'arrière. Je perds beaucoup de temps à chercher la pointe dans le pneu mais ne trouve rien ! C'est ma dernière chambre à air, après il faudra coller une rustine. En plus ma bombe de CO2 ne se vide pas bien, je dois donc gonfler à la pompe. Ça me fait les bras.
Je repars un peu énervé et m'arrête pour manger à Cahors tout en passant un coup de téléphone aux enfants. Un moment de flow m'accompagne en repartant jusqu'au environs d'Agen soit 90 kilomètres rondement mené à très vive allure en mode TGV ! Mais tout ça n'a qu'un temps. Et l'après-midi sera un peu plus laborieuse. Je m'arrête un temps dans un arrêt de bus pour manger mon sandwich acheté à Cahors. La chaleur arrive et je me fais piquer par une abeille à la gorge, je sens bien la piqûre et m'arrête pour retirer le dard et appliquer un peu de pommade. Bon ce n'est que ma troisième piqure cette année. Je retrouve Antoine (USS392) sur ma route, un concurrent qui terminera 5ème au final. Nous faisons un bout de chemin ensemble en roulant sur un bon rythme. Comme la règle le stipule nous roulons côte à côte et parfois même distant de plusieurs dizaines de mètres. Mais la compagnie d'un coureur est toujours agréable. Puis à 100 km de la base de vie d'Anglet un coup de massue me tombe sur la tête, m'obligeant à me poser sur un banc et laisser partir mon compagnon de route. Je mange un wrap acheté un peu plus tôt en boulangerie et ferme les yeux une dizaine de minutes sur ce banc dans un village non loin de Mont de Marsan.
Il est 20 heures lorsque je repars un peu dans le gaz, donc je suis dans mes prévisions d'être à Anglet dans 4 heures. Mais la fatigue me rattrape et je ne peux pas lutter. A 80 km d'Anglet je m'arrête dans un village des Landes, Monfort en Chalosse, pas très loin de Dax. Il y a un distributeur de pizza, parfait pour le resto ! Et une laverie qui me servira d'hôtel pour dormir, car la fatigue m'a envahi. Je repars vers 1h30 du matin pour traverser la forêt des Landes, guette des cimetières pour remplir mes bidons quasi vides, je rationne donc l'eau. Pas de cimetière mais deux concurrents me rattrapent, rompant ma solitude nocturne. Je tente de rester dans leur sillage avec leurs lumières rouge dans ma vision. Enfin les bords de l'Adour puis la traversée de Baiona et Anglet vers 5h du matin.
Des pentes sévères et abruptes
Après 2h30 d'arrêt ou je me suis douché, changé (j'avais ici mon premier drop bag) garni les sacoches et mangé du riz, je décolle de cette base de vie d'Anglet peu avant 8 heures ! J'ai l'impression de me sentir tout neuf comme si une nouvelle course commençait. Le ciel est tout bleu, il fait déjà 19 degrés en croisant les palmiers, bref ça sent les vacances ! Les jambes ont l'air d'avoir bien récupéré, la journée s'annonce belle. Une fois quitté la circulation dense en ce lundi matin les premières pentes abruptes du Pays Basques apparaissent. Je joue du braquet pour passer toutes ces difficultés mais c'est parfois vraiment ardu. 19% max, obligé de rester assis sur la selle car avec des portions de routes humides la roue arrière patine. Ça tourne dans tous les sens, c'est très étroit par endroit et attention aux gravillons. Heureusement que les paysages sont splendides sur ce tracé tout de même piégeux ! Il me faut 3h20 pour rejoindre St Jean Pied de Port après 60 km ! Et il y a foule dans ce village où aucun restaurant et snack ne servent encore à manger car il n'est pas midi. Par chance à la sortie je croise un food-truck. Sa carte est originale, je me retrouve en effet à manger une rougail saucisses.
C'est ensuite l'enchaînement des cols, le premier, le col d'Aphanize est terrible avec des ruptures de pentes incessantes. La météo typique de la région est légèrement brumeuse et la chaleur lourde sous l'épais plafond nuageux. Je laisse quelques forces dans cette ascension. Grande vigilance dans la descente avec des troupeaux de vaches et moutons en liberté. Je fais une Sieste de 15 minutes dans la vallée (un bel arrêt de bus fait l'affaire) puis c'est partis pour le col de Marie Blanque, que je connais avec ses 4 derniers kilomètres à 10-11%. Avec le vélo chargé et des jambes moins fraîches cela veut dire 30 minutes d'effort intense. Mon père et sa femme sont au sommet car ils ont leurs habitudes de vacances dans ce coin. Ça me fait plaisir de les voir et nous prenons une vingtaine de minutes au bas de la descente pour manger un morceau ensemble. Il y a là aussi William (USS360) qui fait une petite pause.
Je décide à ce moment-là de prendre un hôtel avant le Tourmalet car je me rends compte que je ne pourrai pas le passer vers minuit comme souhaité. Et plutôt que de dormir dedans en pleine nuit je me dis qu'il vaut mieux dormir avant et l'aborder frais. Je repars direction le col de Spandelles un peu plus loin, 10 km à 9%. Un silence incroyable accompagne ma montée sur un bon rythme. J'aborde la descente à la nuit tombée, il est 22 heures, j'allume les lumières au sommet car il fait sombre. Une première biche me coupe la route, puis une seconde vraiment proche celle-ci. Prudence ! Je descends moins vite les mains sur les freins et voilà qu'une troisième me coupe encore la route. Décidément ! J'arrive malgré tout sans encombre à l'hôtel à Argelès-Gazost à 22h30 et programme 4 heures de sommeil pour essayer de repartir bien reposé, car les prochaines nuits devraient se passer dehors.
Blessure, grosse fatigue et chaleur
Je repars de l'hôtel un peu avant 4h30. Les arrêts dans ces établissements permettent de bien dormir et de se doucher mais cela prend toujours du temps supplémentaire avec les à-côtés (s'installer dans la chambre, charger les appareils, se préparer avant le départ...). J'ai eu aussi beaucoup de mal à me réveiller et cette fatigue va m'accompagner toute la matinée, je n'arrive vraiment pas à émerger. Je suis agacé car c'est beaucoup de temps d'arrêt pour finalement me sentir encore plus fatigué que la veille. Qui plus est une douleur à l'entre jambe, entre le haut de la cuisse gauche et la fesse m'inquiète. Un kyste assez gros et douloureux m'oblige à adapter mon assise en me positionnant un peu de travers, mais surtout cela me gêne beaucoup, malgré la couche de crème anti-frottements étalé. C'est le genre de blessure qui peu vite s'aggraver et obliger à l'abandon. Je ne suis pas serein.
Je fais déjà un premier arrêt à Luz Saint Sauveur, au pied du géant Tourmalet, après seulement 18 km sur une route en faux plat montant sous une magnifique lune. Je mange un sandwich et appelle ma femme pour lui faire part de mes doutes alors que le village est encore endormi. Je fais un second arrêt à Barèges après tout juste 6 kilomètres de montée. Je suis planté, je n'avance pas du tout et aucune boulangerie n'est ouverte à cette heure matinale pour reprendre des forces. Je repars donc après 5 minutes d'arrêt la tête posée sur le cintre. Alors que j'avance à très faible allure je fais un troisième arrêt au niveau du domaine skiable. Je viens de grimper 11 kilomètres, il en reste encore neuf. Je m'assois à une terrasse et dort 30' minutes sur une chaise. Le soleil qui perce et l'agitation des randonneurs arrivant sur les lieux me réveille. Le temps est radieux et c'est une chance dans les Pyrénées ! Je me motive pour repartir puis m'arrête encore une fois pour me dévêtir car la température monte autant que la route, c'est à dire fortement. Je me fais doubler par des cyclos du coins au moment où le décor devient minéral pour les derniers kilomètres d'ascension. La vue est merveilleuse, plus que 1 kilomètre pour basculer. J'y suis presque ! Des sanglots m'envahissent lorsque j'aperçois le fameux géant matérialisant le sommet.
Si je connais quasiment tous les cols Alpins Français, je n'ai pas eu beaucoup l'occasion d'évoluer dans les Pyrénées et c'est ma première avec le Tourmalet. Je suis heureux et soulagé d'être parvenu au sommet mais que ce fut extrêmement difficile. J'ai mis un temps fou pour le grimper. La descente est en revanche un vrai régal avec des pointes à plus de 70 km/h. Je me retrouve très vite sur la base de vie de Bagnères de Bigorre. Nous sommes accueillis dans un superbe bike café, chez Octave, ou le coureur professionnel Bruno Armirail est affiché en vedette. J'engloutis un plat de pâtes pendant que mon vélo fait un petit tour à l'atelier pour régler mon frein avant qui frotte. J'ajoute une sieste de 15 minutes sur un lit de camp et s'est réparti en tenue d'été car désormais il fait très chaud. Je ne suis pas mécontent de voir le profil devenir moins montagneux, mais tout de même parsemé de belles côtes dans ce piémont Pyrénéen. Je roule assez bien mais manque un peu d'énergie bien que la sensation de fatigue m'ait quitté pour le moment. Je marque une pause au cœur de cette chaude après-midi, en croisant une épicerie pour manger du taboulé et surtout se rafraîchir après de nombreux kilomètres à traverser des villages sans aucun commerce.
Je retrouve Alban (USS382) avec qui j'avais déjà roulé à l'approche d'Anglet, c'est la dernière fois que je le croiserais, il terminera 10ème. Un coureur espagnol, Juan (USS444) est là aussi, c'est un peu plus compliqué de communiquer mais je lui fais part de mes talents multilingue ! Je continu ma route sous un soleil de plomb puis viens le passage ou la trace nous fait traverser littéralement la magnifique grotte du Mas d'Azil, c'est incroyable ! Je mange en soirée dans le petit village de Varihles, tout proche de Foix, avant que la nuit ne tombe car j'ai besoin de prendre des calories. L'objectif pour ma nuit est de faire deux pauses pour dormir et d'avancer en deux temps pour dépasser Carcassonne. Je ne sais pas si c'est la bonne solution mais c'est mon choix et ça me permet de couper un peu le roulage de nuit. Peu avant de m'arrêter pour cette première pause sommeil je m'arrête promptement sur le bord de la route avec des vertiges. Je pose le vélo sur le bas-côté et m'assois dans l'herbe avec une forte nausée, la tête qui tourne et des suées qui perlent sur mon front. Peut-être la digestion mêlée à l'effort ? Quoiqu'il en soit je remonte en selle après une dizaine de minutes et tout semble être rentré dans l'ordre.
Dormir à la belle étoile
Je fais donc mon premier bivouac après Mirepoix vers 23h en dormant à même le sol dans un arrêt de bus pendant environ 1h30 à 2 heures. La remise en route est toujours difficile mais cette fois mes genoux me tirent énormément et m'asseoir sur la selle est très douloureux. Je cherche la bonne assise, pédale beaucoup en danseuse, il me faut plusieurs kilomètres pour me sentir mieux. Seul au monde sur ces routes du pays cathare il y a maintenant face à moi une belle côte à grimper avec un fort vent de côté sur le sommet. J'aperçois à ce moment-là la cité médiévale de Carcassonne illuminé a plus de 10 kilomètres de là. Magnifique ! Je traverse la ville déserte, quel privilège, puis je refais un stop bivouac vers 4 heures du matin dans un petit village (Villalier). Je m'abrite du vent et trouve un recoin de maison pour dormir adossé au mur jusqu'à 5h30. Le réveil sonne, c'est difficile d'ouvrir les yeux, je jette un coup d'œil au classement et à la position de mes concurrents sur l'application de suivi puis repars.
Petit arrêt pour remettre de la crème sur mon cuissard avec cette douleur toujours bien présente. Je continu d'avancer et aucune boulangerie n'est encore ouverte pour manger autre chose que mes barres énergétiques et compotes de l'effort. Il y a de belles bosses à monter mais en ce mercredi matin j'admire le splendide lever de soleil en prenant de la hauteur sur le plateau du Languedoc. La vue va loin à l'horizon sous cette lumière du matin avec la végétation qui sent bon le sud, tout comme les bâtisses en pierre caractéristiques du coin. Enfin un commerce d'ouvert ! Je n'hésite pas à m'arrêter dans cette épicerie pour acheter sandwichs, yaourts et d'autres cochonneries sucrées ! Mes yeux commencent à se fermer vers 10h du matin, je sens aussi que mon coup de pédale n'est plus très vaillant, je décide alors de faire une micro sieste de 10 minutes au pied des vignes. Ça me requinque plutôt pas mal et je file à bonne allure sur la cinquantaine de kilomètres qu'il me reste pour rejoindre Pézenas un peu avant midi.
Pézenas donc : Je mange, me douche, change quelques affaires avec mon second drop bag et retrouve quelques instants ma maman (je l'avais déjà vu sur les bases de vie de Gueugnon et Anglet). C'est la dernière fois que je la vois car elle ne sera pas encore à l'arrivée demain, mais ça me fait évidemment très plaisir de la croiser. L'arrêt est cours dans cette belle petite ville, je repars aux alentours de 13h-13h30.
Un Ventoux plein d'émotions
Les sensations sont au top et je roule bien toute l'après-midi en direction d'Uzès en flirtant avec la partie sud des Cévennes. Il y a quelques côtes, notamment le Pic St Loup sous le cagnard. Le vent favorable est quant à lui bien appréciable avec les cigales qui chantent à tue-tête. Je n'oublie pas de me ravitailler en eau et de bien manger aussi. Je vais d'ailleurs prendre le temps de partager en début de soirée (après 7 heures à pédaler) un bon plat de pâtes avec deux autres concurrents Florian (USS329) et Vincent (USS405), à Uzès, avent de filer vers le Mont Ventoux. J'avais l'ambition de le passer dans la nuit pour dormir à la petite base de vie de Sault mais une fois encore dès que la nuit tombe je tombe de sommeil à mon tour. L'envie de dormir est trop forte, je n'arrive pas à lutter, sinon me mettre en danger sur la route. Au cumul j'aurais dormi 4 heures de plus cette année par rapport à l'an passé sur les 7 jours. Mon déficit de sommeil dû à mon travail les jours précédents le départ me rattrape incontestablement, mais c'est ainsi. Je n'ai peut-être aussi pas fait les bons choix sur ma stratégie sommeil sur ces dernières 48 heures...
Pour l'heure je dors donc 1h30 dans un bel arrêt de bus à quelques kilomètres de Beaumes de Venise. Le temps est clément pour dormir dehors, ça ne me dérange pas du tout, ça fait partie de l'esprit. J'aime ça ! Je rejoins Malaucène et le pied du Mont chauve vers 2h30 du matin après le passage des Dentelles de Montmirail sous un très beau ciel étoilé. Je me pose à cet instant sur un parking avec deux concurrents du 1000 km pour manger une barre énergétique et dormir 15 minutes à même le sol. L'ascension débute mais je lutte déjà pour ne pas m'endormir sur le vélo. Après 1 heure d'effort s'en est trop ! Je m'arrête dans un genre de bunker en béton à 4 kilomètres du Mont Serein pour dormir 45 minutes. Je me couvre avec ma couverture de survie car il ne fait pas très chaud et j'ai laissé ma doudoune compressible à Pézenas pour être moins chargé. Je dors finalement un peu plus d'une heure et repart difficilement à l'assaut du sommet. Je zigzague sur la route pour effacer les pourcentages les plus dur.
La récompense sur les derniers kilomètres du géant de Provence est à la hauteur des efforts fournis avec un somptueux lever de soleil. C'est la 6ème fois que je monte ce Ventoux mais c'est incontestablement ma plus belle arrivée au sommet. Déjà les lieux sont déserts. Une légère brume enveloppe la tour du sommet, le soleil levant perce cette brume et reflète une couleur or sur les cailloux lunaires de ce sommet mythique. L'air est frais, le silence incroyable donne une ambiance sereine et apaisante alors qu'un matelas de nuages en contrebas nous entoure laissant seulement quelques collines dépasser. C'est vraiment un privilège d'être là à ce moment-là et je ne peux me retenir de verser une larme. Mélange de joie, de satisfaction, de fatigue. En tous les cas c'est un vrai moment suspendu.
Contrat presque rempli
La descente est un régal dans sa première partie avec une vue dégagé au-dessus des nuages et des courbes enchaînés à grande vitesse. La seconde partie de la descente jusqu'à Sault est moins rapide, au cœur des sapins, et surtout je me refroidi et arrive en claquant des dents à la base de vie où de la soupe et du café me feront un grand bien ! J'y reste 1 heure environ puis repars car l'objectif est de franchir la ligne d'arrivée pour 21 heures et le compte à rebours est lancé. J'ai remis de la crème pour mon assise mais ma blessure ne s'est pas accentuée ces dernières heures, je sais que ce sera bon. La température monte vite et cette journée va être très chaude. Il va faire jusqu'à 41 degrés dans le Var. Une chaleur étouffante par endroit au cœur de la garrigue, du Luberon et du parc Nationale du Verdon. Une petite sieste de 10 minutes en fin de matinée à l'ombre d'un arbre, un arrêt boulangerie pour manger vers midi au bord de la Durance et un arrêt bistro (!) juste avant Aups pour remplir les bidons et prendre une boisson fraîche seront mes seules escales du jour.
En cette fin d'après-midi il faut désormais remonter tout en haut des gorges du Verdon jusqu'à 1200 m d'altitude. C'est long, je suis fatigué mais je ne cesse de me répéter de profiter de ces dernières heures à pédaler dans cet endroit rêvé pour un cycliste ! Les vues sont vertigineuses et les routes sont calmes, très peu de voitures y circulent, c'est très appréciable. Le profil est plus descendant après les gorges malgré quelques remontées qui finissent par consumer les dernières forces jusqu'au pied du col du Tanneron (9 km à 4%), dernière difficulté à effacer avant de rejoindre l'arrivée ! La nuit tombe une dernière fois, je jette un coup d'œil sur le nombre incroyable des messages reçus sur le groupe WhatsApp que j'ai créé pour être suivi par ma communauté. Je n'en reviens pas ! Ça me fait chaud au cœur et appuyer encore un peu plus fort sur les pédales !
Le sommet franchi j'admire la vue sur la baie de Cannes. Même s'il fait nuit je devine la mer Méditerranée. Wouhouuuu !!!! Un grand cri et quelques larmes. Nous y sommes arrivés ! Oui nous, mon vélo et moi car il a bien bossé aussi ! Descente plein phares mais prudente car elle est technique, puis la ligne d'arrivée est là. Quelques personnes de l'organisation et concurrents sont présents. La satisfaction est énorme d'être finisher pour la troisième fois d'affilée. Je revois tous ces départements, tous ces villages traversés. C'était vraiment magique. Court et long à la fois, intense physiquement et mentalement. J'aurais voulu finir avec 5 à 6 heures de moins pour passer sous les 7 jours (je mets 7j et 1 heure) et approcher le top 10 (je me classe 19ème alors que j'étais 9ème à Cahors et 12ème à Anglet) mais j'ai eu un passage à vide depuis les Landes jusqu'à Mirepoix. J'ai eu du mal à gérer mon sommeil cette année et ma blessure à la selle m'a beaucoup gênée alors que mon genou gauche a finalement bien supporter toutes ces heures de pédalage. Je suis peut-être parti un peu vite sur la première moitié de course mais c'était un choix que j'assume. Je n'étais pas loin d'atteindre mon objectif mais il a fallu quelques adaptations. C'est aussi ça l'ultra. Savoir s'adapter et composer avec les forces et faiblesses du moment. Je savoure malgré tout l'accomplissement réalisé car je sais les entraînements difficiles derrière tout ça.
En chiffres
185 partants (dont 8 femmes) -134 finishers - 51 DNF
Je finis 19ème au classement et 4ème/27 de la catégorie 35-39 H
J'ai mis 7 j 1 h 10' pour 2590 km avec 30 330 m de D+
J'ai 53 heures d'arrêts avec 21 heures de sommeil et 116 heures à pédaler
4 nuits dehors - 2 crevaisons - 1 piqure d'insecte - 3 pizzas - 6 power nap
9ème du général après 1250 km - 1 téléphone qui a pris l'eau !
T° la plus basse : 5° et T° la plus haute 41°
Le classement de la course Tracer son propre chemin...
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