Le parcours très montagneux orienté à l'Est de la France m'a donné envie de repartir sur la RAF une deuxième fois de suite. Une semaine hors du temps pleine d'émotions comme une addiction à s'échapper du quotidien.
Des cols à profusion
Rentrer dans la bulle de la course
Le Touquet jeudi 22 juin 2023. Pour la seconde fois d'affilée je prends donc le départ de la Race Across France 2500 km ! Le ciel est bleu, le vent modéré, la température tempérée, les conditions sont parfaites pour s'élancer et elles s'annoncent tout aussi bonnes pour la semaine à venir. J'ai investi dans une nouvelle monture équipée de freins à disque et installé une nouvelle sacoche sur le cintre permettant de stocker plus de nourriture, pour ainsi essayer de faire moins d'arrêt que l'an passée. 17 heures, l'heure est proche pour moi de grimper sur la rampe de lancement. Départ dans 27 minutes. L'envie et le stress se mêlent d'autant que le parcours longeant les frontières du nord et de l'est du pays s'annonce montagneux avec près de 40 000 mètres de dénivelé annoncé ! Objectif 7 jours pour franchir la ligne d'arrivée mais surtout prendre du plaisir et retarder le plus tard possible l'apparition des petits "bobos" inévitable sur tant d'heures de selle. 5, 4, 3, 2, 1 et c'est parti !!! Premier objectif : Lille et la première halte au B'twin village après 250 km via les côtes du Boulonnais.
Les sensations sont étranges sur ces premiers kilomètres, je suis un peu diesel et n'arrive pas trop à être à l'aise sur mon rythme. J'ai mal à la tête, ce qui ne m'arrive pas souvent, mais je me dis que cela va passer. Je double certains concurrents, d'autres me dépassent à leur tour et après quelques belles côtes à escalader j'arrive au cap Blanc Nez. Le soleil couchant se reflète dans la mer alors que quelques moutons pâtures dans les champs bordant la route. Le silence est d'ange et je savoure ce moment privilégié. Un arrêt express quelques kilomètres plus loin pour changer de lunettes et enfiler mon masque (une protection supplémentaire en vue des nombreuses heures de vélos qui m'attendent et en raison de mes petits soucis de vision) et Victor (USS276) me dépasse. J'étais en haut-parleur au téléphone avec ma femme et je repars promptement pour le rattraper.
L'échange avec Karen (ma femme) est écourté et je retrouve finalement Victor à l'entrée d'un cimetière où bon nombre de concurrents s'arrêtent afin de remplir les bidons, moi y compris ! On repart ensemble et je suis content d'échanger avec lui d'autant plus que nous n'avons pas réussi à nous voir avant le départ. C'est un ancien équipier de mon club de l'ECMV avec qui j'ai pas mal couru il y a quelques années. Il fait maintenant nuit et nous passons par Cassel, élu village préféré des Français 2018. Le village est sur une colline comme un furoncle au milieu de la plaine avec une rue principal faite de gros pavés qui secouent comme il faut ! Nous arrivons ensemble à Lille à 2h30 du matin pour un premier arrêt. Une soupe, un café, quelques sucreries pendant que je recharge mon GRPS et ma lumière puis je repars au bout de 45' de pause environ. J'ai changé de traker au passage car le miens avait un problème et je n'apparaissais pas sur le suivi live ! Victor est lui reparti depuis une dizaine de minutes.
Le brouillard en invité surprise
L'objectif est maintenant d'atteindre le village de Niderviller (tout proche de Sarrebourg) vers minuit (dans 21 heures donc) où j'ai repéré un hôtel pour y passer la prochaine nuit au pied du massif des Vosges qu'il faudra traverser du Nord au Sud, avant l'arrivée à la seconde base de vie de Kingersheim. Celle-ci est situé au Km 1000 de la course, dans la banlieue de Mulhouse, que j'espère atteindre le samedi a la tombée de la nuit. Voilà pour le plan.
Je me sens bien au moment de quitter Lille, pas de fatigue, je n'ai pas sommeil et les routes sont calmes. C'est alors qu'un secteur pavé (nous sommes proches de Roubaix !) vient rompre le silence. Ça tape de partout, je prends garde à ne rien perdre de mon chargement et suis très attentif où je pose mes roues pour ne pas endommager mon vélo. Après de longues minutes c'est la sortie de ce secteur délicat digne d'une classique flandrienne ! Le parcours est très tortueux sur ces routes du département du Nord et j'en perd mon sens de l'orientation alors que la nuit va laisser place au jour. Pour le soleil en revanche il faudra attendre car pour le moment c'est un épais brouillard qui nous bouche la vue. On ne voit pas à 50 mètres et l'humidité est vraiment très forte.
Ce n'est que vers 10h du matin que les rayons du soleil réussissent à percer enfin. Je me suis déjà arrêté dans une boulangerie pour manger vers 7h30 et passer un appel à Karen, je fais alors un second arrêt sur les coups de 10h30 car désormais la température à grimpé et j'ôte mes vêtements de nuits. Un bon quart d'heure d'arrêt au pied d'un arbre proche d'une ferme pour me mettre en tenue d'été et ranger mes habits chauds.
La suite du parcours est bien casse pattes sur des routes qui ne "rendent" pas très bien. Ce passage jusqu'à Charleville Mézières est bien plus difficile que je ne pensais. D'incessants petits coups de cul usant qui cassent le rythme. Il faut dire que nous sommes à cet instant tout proche des Ardennes. Arrive ensuite Sedan où je me ravitaille dans une boulangerie avec une salade et un sandwich que j'irais manger un peu plus loin, à l'ombre sur la piste cyclable au bord de la Meuse que nous longeons un petit moment.
Savoir changer le plan initial
L'après-midi sera très chaude d'un point de vue des températures et comme nous évoluons le plus souvent à découvert travers champs le soleil tape vraiment fort. De longues lignes droites, des faux plats et l'envie de dormir qui m'envahi vers 14h. Mais même à petite allure je continue d'avancer. Péniblement mais j'avance. Je rattrape tout de même un concurrent avec qui je vais faire un petit bout de route. Nous nous arrêterons dans une boulangerie pour notamment remplir les bidons car depuis plusieurs kilomètres les routes et les villages traversés sont désert. Nous grimpons ensemble vers le mémorial de Verdun au cœur d'une belle forêt permettant quelques passages à l'ombre. Ce lieu rempli d'histoire invite au recueillement et à la gratitude de ces soldats morts pour la France.
Je lâcherai mon compagnon de route sur la partie descendante où mes sensations retrouvées me feront avaler les kilomètres un peu plus rapidement. Malgré tout je cogite sur mon vélo mais surtout calcul. Et je me rends compte que je risque d'arriver très tard à Niderviller où j'ai l'objectif de dormir. Je décide donc de changer mon plan et de réserver un hôtel à Metz ou je trouverai aussi de quoi manger facilement pour repartir ensuite en pleine nuit et ainsi profiter de la fraîcheur pour rouler, car à cet instant la chaleur commence à m'atteindre. Je recherche l'hôtel sur mon téléphone mais malheureusement avec l'oubli de mon support de téléphone habituel à Viry-Châtillon et l'achat d'un nouveau au Touquet 2h avant le départ je suis contraint de m'arrêter pour y faire ma recherche. Ce support est installé trop loin sur mon prolongateur et ne permet pas vraiment de pianoter en roulant. Il faudra faire avec jusqu'à Mandelieu mais en attendant je perds une vingtaine de minutes arrêté sur le bord de la route pour réserver.
Je repars un peu énervé mais content de savoir que je vais bientôt aller me reposer. Les derniers kilomètres avant d'arriver à Metz sont assez technique et vallonnés. Surprise une fois en ville, je tombe sur Victor en compagnie d'un autre cycliste. On ne s'était pas revu depuis Lille ! Ils viennent tous les deux de manger et repartent pour atteindre les Vosges. Il est 19h30 et pour ma part je me perds un peu pour rejoindre l'hôtel alors que celui-ci s'avère être tout proche de la trace à suivre. D'une pierre deux coup je m'arrête au Burger King juste à côté pour faire le plein de calories que j'irais manger dans ma chambre avant une bonne douche rafraîchissante. Je me couche à 21h, il fait jour à l'extérieur, je règle le réveil pour 1h du matin afin de repartir à 01h30. Fin de cette première journée !
Moment de flow dans les Vosges
Le réveil est un peu difficile à cette heure où j'ai plutôt l'habitude d'aller me coucher. Mais l'excitation de traverser le massif Vosgien au cours de cette journée estivale suffit à m'éveiller ! Trente petites minutes plus tard et je suis dehors prêts à partir une fois la trace lancée sur mon GPS. Objectif Kingersheim dans 382 bornes et quasiment 7000 m de D+ ! Les kilomètres de nuit sont toujours un plaisir à cette saison. Il fait bon et les routes sont désertes. Je doublerais un concurrent avant de profiter des premières lueurs du jours et des couleurs changeantes du ciel. Les paysages qui se précisent et les montagnes Vosgienne qui se dessinent au loin me font saliver tout comme les senteurs de l'été naissant, alors que la température tombe à 6 petit degrés seulement, dans cette zone rurale où lacs et forêts succèdent aux champs de blés, voilés par la brume à cette heure matinale. Le clocher de l'église du village de Niderviller se devine derrière celle-ci. Et c'est Victor que je retrouve à cet instant. Il a dormi dehors dans le froid et semble fatigué. Je pense avoir fait le bon choix en m'arrêtant plus tôt que prévu pour repartir reposer à l'assaut de cette journée.
J'arrive donc au pied des Vosges a l'heure espéré pour effectuer cette traversée Nord-Sud de jour. Quel bonheur d'être là avec les premiers rayons du soleil qui commencent à réchauffer l'atmosphère. Les forêts de sapins deviennent plus épaisses et les maisons typiques du coin avec leurs couleurs vives et leurs colombages sentent bon l'Alsace ! Un arrêt boulangerie pour prendre des forces après 6h de selle depuis Metz me fait le plus grand bien. Nous sommes cinq à nous arrêter ici pour nous ravitailler dont Victor que je vois pour la dernière fois de la course (il abandonnera dans le Jura par suite d'une blessure à la selle). Les montées assez courtes et roulantes s'enchaînent parfaitement toute la matinée : Rocher de Dabo, Mont St Odile, le Howald, le tout sous un ciel bleu immaculé et une température idéale. Mes sensations sont extraordinaires. Ça tourne parfaitement, je caresse les pédales. Ma joie d'être en ces lieux pour pédaler est indescriptible, un vrai bonheur !!! Je passe même un appel visio en roulant à mes amies et sportifs de Perthes en Gâtinais qui font leur séance de sport malgré mon absence !
Un arrêt dans une auberge pour prendre un petit ravito au sommet d'un col puis un second arrêt boulangerie en début d'après-midi pour des sandwichs et l'enchaînement des cols devient un peu plus ardu. Il fait maintenant très chaud, surtout dans les vallées, et les pourcentages des cols sont plus fort sur cette seconde partie. A partir d'Orbey je connais mieux les routes pour y être déjà venu quelques fois. Un petit arrêt à Munster pour me rafraîchir et remplir mes bidons et voilà que se dresse devant moi le redoutable enchaînement Petit Ballon, col du Platzerwasel. Malgré l'accumulation de toutes ces montées et descentes je continue d'avancer pas trop mal, bien que mon allure soit moindre par rapport à la matinée. C'est entre 20h et 20h30 que je me retrouve sur la splendide route des crêtes à traverser la petite station de ski du Markstein avant de rejoindre le point culminant de cette extraordinaire journée au sommet du col du Grand ballon. Le soleil déclinant offre une magnifique lumière et une grande quiétude à l'instant.
Une longue descente jusqu'à Wattwiller puis un morceau de plaine d'Alsace et me voilà à Kingersheim dans la banlieue de Mulhouse pour la première véritable base de vie. J'y arrive à 21h35 soit 52h de course depuis le départ et 1000 km au compteur (et 20h pour les 382 km et 7000 m d+) ! Mon premier drop bag me permet de me changer pour enfiler des habits propres après la douche et avant de savourer un copieux et délicieux repas préparé par les bénévoles de l'organisation. Je me couche ensuite dans un lit de camp pour quelques heures de sommeil à l'issue de cette journée aux paysages somptueux et aux sensations excellentes. Je suis satisfait de mon avancé sur cette première partie de course.
Traversée des magnifiques paysages du Jura
Cependant l'excitation de la journée et la chaleur accumulé durant toutes ces heures sur le vélo rendent mon endormissement difficile malgré la fatigue physique bien présente. Bien que nous ne soyons pas nombreux sur cette base de vie je suis réveillé par les autres concurrents venant se coucher où se réveillant. Mon sommeil est léger et de piètre qualité pour bien récupérer. N'arrivant pas à bien dormir je décide de sortir du lit pour me préparer et repartir en course. Je quitte Kingersheim à 2h30 du matin pour traverser le Jura et rejoindre les Alpes dans la soirée. Je n'ai même pas dormi 3h. Il fait frais mais c'est comme toujours un moment privilégié que de rouler la nuit où seuls les bruits des animaux viennent briser le silence. Un concurrent est parti juste après moi et nous roulant tous deux à vue, parfois ensemble, lui devant et moi derrière puis inversement. Nous longeons le canal du Rhône au Rhin pendant un bon moment sur une belle piste cyclable, l'atmosphère est paisible et la route plutôt plate pour le moment.
Ça change à l'aube ou les premiers contres forts du Jura se dressent devant nous. Plus le jour se lève et plus j'ai envie de dormir. Je laisse partir mon compagnon de route car mon allure diminue nettement. Mes quelques heures de sommeil du début de nuit n'ont pas suffi mais je m'attendais à ce que la fatigue me rattrape. Je m'arrête dans un petit village peu avant 6h du matin. Je m'assois sur un gros bloc de béton et mange quelques madeleines d'un paquet acheté la veille au matin ! Je commence à dormir assis puis décide de m'allonger par terre. C'est de l'herbe mais elle n'est pas trop humide. Je tiens mon vélo en dormant et ferme les yeux une bonne trentaine de minutes. Mon réveil sonne et c'est bien difficile d'émerger. Je reste quelques minutes assis comme groggy a essayer d'ouvrir les yeux !
Je me motive à repartir mais les premiers kilomètres sont en descente et je suis complètement gelé. Je claque des dents et attend avec impatience les passages au soleil où même les côtes ! Et c'est encore une longue descente qui nous amène jusqu'au très beau village de Saint-Hippolyte, où je m'arrête pour boire un chocolat chaud et manger des viennoiseries réconfortantes. J'apprécie que la route remonte peu après cette localité, ça me permet de bien me réchauffer. Nous évoluons ensuite sur un plateau au milieu des pâturages et forêts de sapins, typique de la région, où nous empruntons avec bonheur de toute petites routes dénués de trafic automobile. Puis la voie verte m'emmène jusqu'à Pontarlier où j'arrive à temps pour me ravitailler avant que l'épicerie ne ferme. Nous sommes dimanche midi et il va être difficile de trouver des commerces pour acheter à manger plus loin. Des coups de fils à la famille en avalant mon taboulé, mes riz au lait et autres sandwichs assis sur le trottoir à l'ombre d'une petite place bordée d'arbres et je repars rapidement.
Une journée rondement menée
Très vite la route se cabre à travers la forêt ! De véritables raidards sur de toutes petites routes ! Je n'avance pas vite mais je me dis que les autres participants risquent d'être autant surpris que moi par ces passages abrupts. Nous évoluons ensuite sur le haut plateau du Jura avec de vastes étendues vierges et de longues lignes droites. Mouthe, Chaux-Neuve, la Suisse n'est pas loin ! Un léger vent est présent mais c'est surtout un ciel d'un bleu splendide qui nous accompagne. Pour autant la température est agréable car nous sommes sur les hauteurs. Je suis seul depuis un moment et ne voit aucun concurrent dans les environs. Passage par Morez, tout près de Morbier. La ville est déserte.
C'est parti pour une belle montée ! Le flow envahi mes jambes. Je descends les dents, clic clic, je relance en danseuse, le vélo semble accélérer tout seul ! Je me recale sur la selle, remonte une dent, mes jambes enroulent le braquet tel des métronomes. J'oscille entre 18 et 20 km/h sur des pentes à 5/6 % avec les sacoches et après déjà des heures de selles. L'ultra cyclisme offre parfois de vrais moments incroyables et le corps trouve des ressources inattendues. Malgré tout au sommet je ressens le besoin de faire une petite pause pour manger mon sandwich acheté à Pontarlier. Je m'arrête au bord d'un lavoir et profite d'un peu d'ombre car il a fait chaud dans la montée. Je traverse Lamoura me replongeant dans mes souvenirs du Paris-Nice cyclo d'il y a plus de 15 ans !
Après une partie descendante me voilà à Bellegarde en Valserine sur les coups de 20h30/21h. Une pizzeria pile sur la trace me fait de l'œil. Je me pose pour manger en terrasse et 2 cyclistes évoluant dans la catégorie duo s'arrête peu après moi. Nous partageons ce dîner ensemble avec les reporters image de la course qui s'arrêtent à leur tour. Ça fait plaisir de discuter un peu après 16 heures de vélo tout seul ! Je m'enquiers d'où dormir ce soir et trouve un hôtel à Saint Alban Leysse dans la banlieue de Chambéry, au pied du col de Marocaz, parfait ! Je partage ce plan avec le duo et ils réservent dans le même hôtel que moi ! J'espère y arriver vers minuit. J'y serais finalement à 1h30 du matin après un beau couché de soleil aux abords du lac du Bourget, mais aussi une ascension du Mont du Chat plus difficile que dans mes vieux souvenirs, en longeant le lac. De belles pentes me surprennent en contournant Chambéry. J'arrive fatiger devant la grille de l'hôtel a tel point que je me trompe d'entrée et rameute tout le monde ! Un appel à la propriétaire de l'hôtel à cette heure avancée de la nuit pour me rendre compte de ma boulette ! Le bon portillon est à 50 mètres.... Pour sûr la douche et le matelas vont me faire du bien. Je programme le réveil à 5h30 (soit un peu moins de 4h de sommeil) pour un départ à 6h en direction des Alpes !
Des arrêts pas toujours nécessaire
Il est finalement 6h30 passé quand je quitte l'hôtel en compagnie du duo de cyclistes rencontré la veille (USS22507 dont Guillaume qui finira seul après l'abandon de son compère à Megève). Quatre petites heures de sommeil c'est peu mais dans un bon lit c'est mieux ! Je me sens bien mais nous perdons du temps en nous arrêtant dans une épicerie pour acheter à manger où je ne trouve rien ne me convenant. Nous tournons un peu en rond pour retrouver la trace et il est déjà près de 7h30 lorsque j'entame de col de Marocaz (lui aussi souvenir de Paris-Nice cyclo 2006) alors que l'hôtel n'était qu'à 1 km du pied ! Beaucoup de temps perdu pour rien. Bref, il faut savoir s'adapter, pas la peine de s'énerver, mieux vaut rester calme. Je me délecte de la vue en prenant de l'altitude et monte sur un bon rythme. Mon plaisir d'être dans les Alpes n'a pas de prix. L'air est doux, le ciel bleu azur et le soleil s'annonce radieux (comme tous les jours depuis le départ). Il commence même à chauffer fort dans le col de Tamié où je m'étale une bonne couche de crème solaire.
Je fais un petit stop dans la descente à Frontenex où le grand père d'Ophélie, une collègue de ma femme, attends pour m'offrir du ravitaillement ! De l'eau et des pommes ! Ce monsieur de 90 ans, encore cycliste à son âge, m'épate en me racontant ces dernières virées à bicyclette. Je ne m'attarde pas trop et prends la pomme dans la poche de mon maillot pour la manger un peu plus loin dans le col du Marais. Son jus et son goût acidulé me ravissent les papilles ! Un peu avant Thônes c'est Valentine (ma cousine) habitant Annecy qui est venu à ma rencontre. Je mange en sa compagnie et prends un peu de temps pour discuter avec elle, déjà venu a ma rencontre sur l'édition précédente de la RAF. Ce moment d'échange m'a fait vraiment plaisir mais il faut maintenant rapidement se remettre dans la course.
Il fait lourd sur cette route en faut plat bien accentué menant au pied du col de la Colombière, jusqu'à Saint Jean de Sixt. Je peine dans la partie la plus dur du col après le Chinaillon, mais la descente qui suit me permet de récupérer, bien que sa première partie soit assez vertigineuse avec des pointes à plus de 70 km/h ! Il fait vraiment très chaud a Sallanches où je m'arrête un petit instant dans une boulangerie. La montée vers Megève se passe bien, je retrouve un bon rythme et double deux participants dont Loïc Lepoutre (USS39) avec qui j'ai partagé quelques kilomètres l'an passé. Arnaud Manzanini (l'organisateur) me double en voiture et m'encourage à l'approche de la station Haut Savoyarde.
Un col grimpé au cœur de la nuit Alpine
Et voilà j'y suis.1500 kilomètres parcourus depuis Le Touquet ! Quelques cyclistes sont présents puisque les concurrents du 1000 km viennent d'assister au briefing pour leur départ le lendemain matin. Il est 18 heures et je vais rester environ 1h sur cette base de vie, le temps de bien me restaurer avant de reprendre ma route. J'échange avec Rémy Hurdiel, le spécialiste sommeil, que suit certaines personnes, dont moi, sur cette édition afin d'analyser notre sommeil à l'aide d'un bracelet que nous portons au poignet. Je lui fais part de comment j'envisage la suite en souhaitant rejoindre Saint Jean en Royans le lendemain soir pour y retrouver mon second drop bag. En tous cas j'ai l'impression de n'avoir pas fait beaucoup de kilomètres sur cette journée de lundi, la chaleur a pesé, mais mes arrêts ont été trop nombreux et je compte bien gagner du terrain durant la nuit en dormant peu.
Il est environ 19h lorsque je quitte Megève direction le col des Saisies, via Crest-Volant. J'arrive dans mon jardin ! Je connais le coin par cœur pour l'avoir arpenté de nombreuses fois depuis 20 ans. Le col des Saisies est le col que j'ai gravi le plus grand nombre de fois. J'adore cet endroit et je suis vraiment heureux d'y être. Les jambes sont bonnes et la route est déserte. C'est pour moi un luxe que de se retrouver seul dans un endroit si serein. Je redouble Loïc que j'avais doublé préalablement (me faisant dire au passage que je me suis arrêté trop longtemps à la base de vie puisque je suis arrivé avant lui) et globalement je commence à trop multiplier les arrêts, me faisant perdre un temps précieux. Au sommet du col je me couvre pour la descente qui va être longue jusqu'à Albertville, mais aussi pour la nuit qui arrive. Je quitte la station et la retrouverai dans 15 jours pour les congés d'été en famille.
Après 30 kilomètres de descente il fait nuit noire pour traverser l'ancienne cité olympique, je file directement vers le col de la Madeleine. Je décide de m'arrêter peu avant le début de l'ascension pour un petit somme de 2h dans un grand arrêt de bus en bois. Je me brosse les dents en profitant de l'eau d'une fontaine à proximité puis m'installe à même le sol pour dormir. Je quitte mon hôtel (sic !) vers 2h30 pour ce qui s'annonce être un long chemin de croix. C'est à l'aube aux alentours de 5h30 du matin, et à la lueur naissante du jour, que j'arrive au sommet du col de la Madeleine à 2000 m d'altitude après près de 3h d'effort pour 24 km ! Une interminable procession qui m'a vu croisé des Patous menaçant m'obligeant a un sprint forcé pour les éviter et atteindre ce sommet emblématique non sans mal.
Pédaler sans relâche telle une machine
La descente rapide me refroidi, bien que je sois emmitouflé dans ma doudoune. Le col du Chaussy se présente alors brutalement sans transition. La route étroite et sauvage tranche avec la route de la Madeleine. Mais la descente vertigineuse par les lacets de Montvernier est tout autant spectaculaire pour rejoindre la vallée de la Maurienne. Je retrouve la civilisation pour une halte boulangerie vers 8h du matin à Saint Jean de Maurienne. J'ai une faim de loup que je m'empresse de combler. Sans trop tarder je reprends mon chemin et entame l'ascension du très long col de la Croix de Fer part le col du Mollard. Une petite pause technique puis une petite seconde pour manger ma part de Pizza emporté seront salutaire pour se hisser au sommet après 7 derniers kilomètres difficiles, mais dans un décor de toute beauté.
Je retrouve Eric Leblacher (USS62 mais surtout ancien coureur professionnel) au sommet entrain de savourer une glace tandis que je m'achète 2 boissons fraîches en récompense de l'effort fourni. Il repart quelques minutes avant moi pour une longue partie descendante jusqu'à Bourg d'Oisans. Je fais un stop dans cette localité pour manger car je sais qu'après ça va être difficile de trouver un lieu où se restaurer. Je déguste un délicieux burger avec des frites. Mais vraiment délicieux le burger ! Je repars rapidement et continue ma route par le col d'Ornon puis le Valbonnais et la jolie bourgade de La Mure avant de rejoindre le plateau du Vercors par la montée de Saint Nizier du Moucherotte. Je reviens en terrain connu après ma première participation à la Race Across France 2500 km l'an passé puisque cette portion du parcours est identique.
Le soleil se couche et la température diminue dans ces contrées sauvages ou les grandes étendues succèdent aux forêts de majestueux sapins. L'ambiance est calme, paisible, alors que je continue de pédaler encore et encore sans relâche pour le cinquième jour de suite. La mécanique est bien huilée, je suis bien posé sur les prolongateurs et vire à droite après Villard de Lans pour m'engouffrer dans les spectaculaires gorges de la Bourne. La route creusés dans la roche par endroit offre de superbes points de vue. Il fait maintenant nuit et je me sers de la ligne blanche centrale pour bien visualiser la route et enchaîner les courbes de façon fluide. Pont en Royans marque l'entrée dans la Drôme et ça commence à sentir le Sud ! Plus que quelques bornes et me voilà sur l'avant-dernière base de vie à Saint-Jean en Royans après 2000 km de course. Il me hâte d'arriver car la fatigue se fait sentir. Je rate même l'entrée de la base de vie m'obligeant à tourner un peu en rond pour enfin y accéder à quasiment minuit.
Savoir gérer son alimentation
Je charge tout de suite mes différents supports, je mange, récupère un change propre, me douche et vais me coucher vers 1h du matin pour 4h de sommeil sur un lit de camp dans ce grand gymnase. Le réveil est bien sûr difficile, je crois même que je l'ai un peu raté (!) mais encore une fois la journée s'annonce inoubliable pour les paysages que nous allons traverser avec une météo estivale qui suit la course en continu depuis Le Touquet. Je quitte cette base de vie peu avant 7 heures et voit le top 15 de la course s'éloigner un peu de moi avec ce long stop. La trace ne se charge pas sur mon GPS et je me trompe de route mais m'en rend compte très rapidement. Demi-tour !
Ces routes reculés et inédites de la Drôme s'avèrent sauvages et tortueuses rendant les kilomètres attrayants jusqu'à Die. Je m'arrêterai au passage de façon expresse dans une boulangerie artisanale à "tomber par terre" dans le petit village de Beaufort sur Gervanne pour prendre deux viennoiseries succulentes ! Die marque aussi mon arrêt incontournable dans la boulangerie "le Fournil de Sylvain" où j'ai pris mes habitudes depuis 2 ans (sur le 1000 km en 2021 et le 2500 km en 2022) pour me restaurer. Un large choix de victuailles pour reprendre des forces nécessaires et changer des gels et compotes de l'effort. Je partage ce moment avec un concurrent du 1000 km. Je m'arrête ensuite quelques minutes chez un vélociste en traversant la ville animée (c'est jour de marché !) car ma pédale droite semble desserrée, mais je n'ai pas la clé pour corriger ça. Finalement il ne peut rien faire car ma pédale a du jeu. La paire sera bonne a changer après la course. En attendant j'espère qu'elle ne va pas me lâcher avant !
Un gros coup de bambou me tombe dessus quelques kilomètres plus loin. Sans force mes yeux se ferment tout seul. Je m'arrête sur une table de pic-nic en bordure de route pour une micro sieste de quelques minutes la tête dans les bras. Puis je mange un peu et remonte sur mon vélo. Le col de Grimone se présente comme nouvelle difficulté. Un col pas trop dur dans des paysages sauvages sur une route calme, que demander de mieux ? S'en suit une longue portion de faux plat descendant sur une route nationale durant 20 km. Bien profilé sur les prolongateurs en écrasant les pédales je file à un bon train jusqu'à Veynes où j'hésite a faire un arrêt pour manger où continuer pour profiter de mes bonnes jambes ? Je prends la première option car en regardant le tracé je me rends compte qu'il n'y aura guère possibilité de trouver à manger jusqu'à la prochaine base de vie à Guillaume, que j'espère atteindre tard dans la soirée.
La chaleur étouffante semble m'assommer
J'opte pour une brasserie avec une grosse assiette de pâtes. J'en ai un peu marre des sandwichs ! Cet arrêt n'est pas des plus court mais il me fait du bien aussi mentalement. Le col d'Espréau et sa végétation aride en direction de Barcillonnette, que je franchis après cette pause déjeuner, m'a émerveillé et remplie de belles images. Situé au Sud des Hautes-Alpes cette étroite route à flanc de montagne m'a offerte de formidables point de vue sur les environs. Et même si la descente s'avère par endroit piégeuse avec du gravillon et des virages refermés, je profite de ce superbe passage.
En plein cœur de cette après-midi du mercredi 28 juin il fait maintenant extrêmement chaud sur la route puisque mon GPS indique 40 degrés ! Je rattrape un concurrent de ma distance, Alexis (USS263), et nous décidons de nous arrêter dans une sorte de paillotte snack avec un espace détente aménagé de fauteuils, à l'ombre des arbres au bord de la Durance. L'endroit idéal pour prendre une glace et se désaltérer car la chaleur ressentie sur le macadam est parfois étouffante. Un autre compagnon de route, Ludovic (USS236), se joint à nous pour ce sympathique moment de partage.
La remise en route est difficile pour moi et dois laisser mes deux nouveaux "amis" partir. Je m'arrête quelques kilomètres plus loin dans un arrêt de bus sur la route nationale de la vallée de l'Ubaye en surplomb du lac de Serre-Ponçon. Je mange au moins trois ou quatre barres et autres produits énergétiques car je me sens vidé de mes forces à cet instant. Je remarque que mon faible temps de sommeils depuis six jours commence à se faire sentir avec des coups de fatigue plus récurrent. Je consulte aussi la météo sur mon téléphone et constate que des orages sont annoncés pas loin pour la soirée. Il faut que je reparte rapidement si je ne veux pas me faire piéger.
Le col de la Cayolle par tous les états
J'arrive enfin au pied du col de la Cayolle pour 28 kilomètres de montée afin d'atteindre le point culminant de cette Race Across France a 2326 m d'altitude. Il est déjà presque 20 heures, aucune localité traversée depuis bien longtemps et mon ventre commence à crier famine. Les forces me lâchent progressivement... Je suis en fringale, vidé de mes forces. Je pose mon vélo et m'assois sur un muret le long du torrent des gorges du Bachelard. Je n'ai fait que 4 kilomètres de montée, il en reste 24 avant le sommet. Je mange ma ration de "survie", une barre Holyfat a la texture très désagréable mais qui permet de reprendre un peu d'énergie. L'autre souci est que mes bidons sont vides. Les deux ! Plus d'eau du tout ! Je veux appeler Karen mais il n'y a pas de réseau. Vraiment seul dans la galère.
Je repars et avance à toute petite allure. Mais j'avance quand même. Le décor est majestueux et c'est au moins ça. J'arrive finalement à joindre Karen et pédale le téléphone à la main pour lui expliquer ma situation. Je n'attends pas qu'elle me plaigne mais j'ai simplement besoin de parler et que le temps me paraisse moins long. Après 10 km en plus d'une heure alors que la pente n'est pas sévère que vois-je ? Je n'ose à peine y croire... Une fontaine !!! J'ai l'impression d'avoir gagné la coupe du monde de foot en la voyant ! Une joie intense m'envahit. Je me prends même en photo avec cette fontaine et boit certainement 1litre d'un coup ! Je reprends du poil de la bête et roule mieux sur cette seconde moitié du col.
Mais voilà que le temps se gâte. Alors que le ciel bleu ne quittait pas la course depuis plusieurs jours, de gros nuages gris envahissent rapidement le ciel. Quelques éclairs au loin ne me rassure pas. Le décor idyllique au pied du col a laissé place à un décor hostile. De plus là où je suis il n'y a aucun abri et aucun village proche. J'accélère et termine les cinq derniers kilomètres de cette longue ascension sur un gros rythme pour échapper à l'orage. Comme quoi l'urgence peut vous faire retrouver des jambes ! Je m'arrête seulement au sommet pour me couvrir car la température a nettement diminué. Le brouillard m'empêche de voir à 50 mètres, la nuit est tombée et je vois toujours des éclairs au loin. Pas le temps de prendre une photo, de toute façon on n'y voit rien ! Je me lance plein phare à vive allure dans la descente et enchaîne les virages avec concentration. La route est à moi !
La fatigue me rattrape inexorablement
Après quinze kilomètres un peu crispants j'arrive dans la petite bourgade d'Entraumes. Il reste 18 km (en descente légère) jusqu'à Guillaume pour dormir sur la dernière base de vie du parcours, et il est bientôt minuit. J'y suis presque ! Mais malgré ça, sentant la fatigue m'envahir avec l'envie imminente de dormir, et voyant les éclairs proches, je prends la décision de m'arrêter un petit temps ici. Je m'installe sous un porche devant la bibliothèque. Il y a même un banc. Je programme mon réveil pour qu'il sonne 45 minutes plus tard. Finalement je reprogramme le réveil pour dormir encore. Je déplace le banc pour le coller au mur et me caler recroqueviller au sol entre les deux avec ma couverture de survie. J'ai tout de même froid par moment, je grelotte. Ce village est situé à 1300 m d'altitude et il y a du courant d'air. Je vais finalement dormir a cet endroit jusqu'à 3 h du matin, n'ayant pas trouvé le courage de repartir avant.
J'ai donc fait ma nuit dehors à quelques kilomètres de la base de vie ! Je rejoins cette dernière vers 4h du matin pour me restaurer avec soupe et pâtes au gruyère. Un pur bonheur ! Il n'est même pas 5h du matin, il fait encore nuit que je repars. C'est parti pour ma dernière journée de course en direction de Mandelieu la Napoule que j'espère bien atteindre dans la soirée. Il tombe quelques gouttes en descendant les gorges de Daluis alors que les premières lueurs de l'aube font leur apparition sous un ciel chargé. Je suis dans les Alpes-Maritimes et même si le ciel est gris, les petits villages accrochés aux collines restent coloré et chantant ! Il y a encore de belles montées à passer et notamment le redoutable et vachard col du Buis. A peine quatre kilomètres d'ascension mais pas moins de deux kilomètres à 18% ! Je croise un coureur du Bikingman France à pied poussant son vélo tellement la pente est raide. Pour ma part j'ai tout à gauche et m'applique a bien pousser et tirer sur les pédales en m'agrippant fortement au cintre ! Presque 15 minutes d'effort pour seulement 2 kilomètres. Pfiou !
Je m'arrête quelques instants plus tard dans une épicerie avec mes "collègues" rencontré durant cette course. Il y a Ludovic et Alexis (avec qui j'ai mangé la glace la veille) et Guillaume (le duo devenu solo) rencontré dans le Jura. Le temps de manger pour reprendre des forces entre rigolades et instants de partage sur nos courses respectives et nous repartons ensemble. Je les laisse filer après quelques minutes car ils roulent plus fort que moi.
C'est la fin de matinée, je viens de passer Combs sur Artuby, il faut maintenant remonter les gorges du Verdon avec ces montées et descentes épuisantes après tant de kilomètres déjà effectué. Heureusement chaque virage révèlent des vues magnifiques en bordure de falaise. Le ciel s'est dégagé et il fait très chaud lorsque j'arrive à Aups. Je m'arrête pour acheter à manger. Oui encore ! Mon appétit semble décuplé après une semaine d'effort sur le vélo et mes aliments de l'effort me rebutent. J'ai aussi besoin de m'arrêter un peu car je suis bien fatigué.
Un gros orage avant de finir avec émotion
Je me mets de la crème solaire et remonte sur mon vélo pour à peine 150 kilomètres restant jusqu'à la ligne d'arrivée, à travers les routes surchauffées du Haut Var. Le temps devient même lourd. Je fais une sieste de vingt minutes assis dans un arrêt de bus au chant des cigales. La fatigue prend le dessus très souvent et très vite, alors que je ne roule pas très vite. Et la pluie fait son apparition tout proche du but ! Elle s'accélère brutalement et des grêlons l'accompagne. Je suis à 5 kilomètres du village de Seillans et vais entamer la descente vers ce village quand le tonnerre se met à gronder. Je fonce pour trouver un abri alors que les grêlons me fouettent les bras et le visage. En quelques minutes la pluie forme des coulées sur la route, les arbres s'agitent sous le renforcement du vent et le tonnerre résonne de plus en plus fort. J'entre dans Seillans et trouve refuge sous une grande terrasse de café protégé. L'orage est bien là ! Il était temps de se mettre à l'abri !
La pluie est torrentielle et la foudre frappe par deux fois tout proche d'où je suis ! Le courant disjoncte dans le village et le grondement fait vibrer le sol. La serveuse du café m'invite à rentrer à l'intérieur pour ne pas prendre de risque. Je ne peux même pas profiter de cet arrêt pour consommer à manger ou à boire car il n'y a plus d'électricité donc impossible de payer en carte bleue (et je n'ai pas d'espèces). Je reste ici un peu plus d'une heure car la cellule orageuse reste toute proche et la suite du parcours nous fait passer par des gorges très encaissés et isolé, autant dire qu'il ne vaut mieux pas être pris dans l'orage a cet endroit. Ma maman qui est à l'arrivée cette année et en discussion avec Arnaud Manzanini (l'organisateur) me confirme que l'orage stagne dans la zone. Un SMS nous est envoyé par le PGO (poste de gestion opérationnel de la course) nous demandant de rester à l'abris. Il sera même décidé par l'organisation de neutraliser tous les coureurs situés en amont de ma position pendant toute la nuit pour ne pas prendre de risques. Il est vingt heures et je décide pour ma part de repartir voyant l'heure avancer et voulant finir avant la nuit.
Ce repos forcé m'a requinqué et je repars tambour battant J'emmène un gros braquet (on a une force de bœuf après 2500 km de vélo !) et scrute le ciel encore menaçant. Je m'enfonce dans les gorges de la Siagne sur une route technique et étroite. Le décor est splendide ! Le ciel redevient clément a Saint Cézaire sur Siagne ou la fête du village bat son plein. Je décide de m'arrêter pour m'imprégner et simplement profiter du moment. Je commande un burger frites. Trente minutes de pause pas forcément nécessaire et sûrement inutile, mais justement importante ! Je ne franchirai pas la ligne d'arrivée en moins de 7 jours donc je ne suis pas à quelques minutes près...
La nuit commence a tomber dans la descente me conduisant au pied de la dernière difficulté de cette Race Across France très montagneuse. Le col du Tannerron est franchi sans difficulté et c'est avec une émotion non dissimulée que je profite de la vue sur la baie de Cannes dans la nuit tout juste tombée. Je devine la mer Méditerranée. J'ai du mal à réaliser. Mes émotions se bousculent. Je vois les messages de félicitations sur mon téléphone des proches me suivant via WhatsApp. J'ai du mal à croire que je suis en train de boucler ma seconde RAF d'affilée. Moi qui redoutais les "bobos" ou désagréments qui peuvent survenir sur une telle distance de course, comme j'ai pu en avoir l'année passée, il n'en n'a rien était cette fois. Mis à part le sommeil qui m'a souvent rattrapé ces dernières 48 heures tout s'est déroulé comme sur du papier à musique. Je reste tout de même prudent dans la descente et me laisse glisser sur Mandelieu la Napoule. Je franchis la ligne d'arrivée dans la chaleur et la moiteur de la ville vers 23h. C'est un peu plus tard qu'espéré et avec un temps final de 7 jours et 5 heures (beaucoup d'arrêts pas toujours utiles et parfois trop long) mais je termine cette course incroyable pour la seconde fois en deux ans, sans bobos, en ayant pris un plaisir dingue, des moments de flow mémorable, malgré la fatigue bien présente sur la fin. Ma maman est donc là pour m'accueillir avec les membres de l'organisation, je vais pouvoir me détendre et profiter de cet instant de plénitude.
En chiffres
120 partants solo (6 femmes) - 86 finishers - 34 DNF
Je finis 20ème au classement général et 7ème de ma catégorie
J'ai mis 7 j 5 h 13' - 74% du temps en mouvement soit 128 heures à pédaler
pour 2452 km avec 37 500 m de D+
19 heures de sommeil - 2 nuits à l'hôtel et 2 nuits et demie en BV
0 crevaison - 1 tube de crème solaire
7° mini et 39° max - 2 cuissards utilisés
Pour ma deuxième Race Across France j'ai un nouveau vélo avec ce GIRS Oscar 2 avec freins à disque. Un vrai changement ! Mon développement est 50*34 et 11*32.
Le classement de la course Savourer l'instant présent...
*Il y a une erreur sur le site officiel, je me classe 20ème et non 10ème (en raison du temps de neutralisation que je n'ai pas eu à effectuer).
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