18 juin 2022 : Je me lance sur la Race Across France 2500 km pour la première fois

Se poser des questions : oui. Avoir toutes les réponses : non. L'édition 2021 ou je me suis aligné sur le format 1000 km m'a donné envie d'en voir plus et d'en savoir plus sur moi. Il était alors normal que je sois au Touquet pour me lancer le défi des 2 500 km, les réponses viendront en chemin...

Oser découvrir l'inconnue

Une gageure immense face à moi

Samedi 18 juin 2022, il fait très chaud sur toute la France depuis plusieurs jours, la canicule frappe tout le pays depuis une dizaine de jours mais le vent va tourner. La baisse de la température se fait déjà sentir en arrivant au Touquet après avoir fait la route avec ma maman depuis Viry-Châtillon. Le ciel est bleu est de la partie mais la température a nettement diminué à quelques heures du départ de ma première Race Across France 2500 km. Ma participation au format 1000 kilomètres l'an passé de Mandelieu la Napoule à Doussard m'a donné envie d'en découvrir plus et de tester cet ultra distance de 2500 kilomètres (2650 km exactement pour cette édition). C'est la première fois que la course se dispute dans le sens Nord- Sud et la météo s'annonce tumultueuse pour les jours à venir. Le défi me paraît énorme à quelques minutes de m'élancer, mais pour autant je suis calme et plein d'envie.

Pour l'occasion mon grand frère Sylvain, en voisin picard, a même pris un peu de temps pour venir me voir avant le départ et c'est vraiment très sympa de sa part pour cette attention. Je suis à l'aune de mon plus grand défi sportif et vraiment très excité d'être sur la rampe de lancement au bord de la Manche dans quelques minutes. Après de longues semaines de préparation sérieuse je vais me confronter à moi-même à travers les routes de notre pays. Un grand saut dans l'inconnue que j'ai hâte maintenant de découvrir. Les derniers préparatifs terminés il est alors temps de rejoindre le départ à quelques centaines de mètres d'ici, sur le front de mer. Je ne saurais décrire précisément mon émotion à cet instant, entre peur et excitation.

A19h36 ma course commence ! Je descends la rampe de lancement sous les applaudissements du public présent puis fais attention à ne pas me tromper de route pour quitter la ville du Touquet et reste attentif au GPS. Le vent est favorable pour ces premiers coups de pédales sous le soleil déclinant de Picardie. Je suis seul pour le moment et j'ai du mal a réaliser que je pars pour autant de kilomètres et autant d'heures de selle. Je roule à bonne allure sans pour autant me mettre à la planche car la route s'annonce longue.

Difficile entrée en matière

Deux heures après mon départ et juste après avoir tourné le dos à la splendide baie de Somme, je retrouve Sylvain avec sa famille et une partie de sa belle-famille qui m'attendent au bord de la route tout proche de Mons-Boubert. Je m'arrête quelques instants pour les embrasser et repars sans trop m'attarder après avoir vu une poignée de concurrents me dépasser pendant cet arrêt. Même si je ne suis pas a quelques minutes près je suis dans une course et voir des participants me doubler me pique au vif ! J'ai encore du mal a véritablement rentrer dans la course alors que la nuit tombe et je me sens mal à l'aise. J'ai la désagréable impression de ne pas être à ma place, que le défi est trop grand pour moi, la route trop longue et j'ai à ce moment-là plutôt envie d'être chez moi auprès de ma femme et des enfants que sur mon vélo. Certains villages traversés sont en fête en ce samedi soir de juin et je me sens en décalage avec ces gens croisés.

Je continue d'avancer avec quelques lumières rouge d'autres coureurs au loin en points de mire mais j'ai presque envie d'abandonner. Incroyable ! Puis je me dis que j'ai posé mes jours de congés, alors ce serait ridicule de s'arrêter tout de suite. Tous ces kilomètres d'entraînement engrangé et les frais engagé me font dire qu'il n'est pas question de renoncer. Pas tout de suite en tous cas. Pourtant l'idée est bien présente à mon esprit. Il faut passer la nuit et voir demain matin mon état d'esprit. Mais cette première nuit sur le vélo ne va pas être des plus facile.

Après un passage vallonné pour l'entrée en Haute-Normandie un vent violent commence à se lever dans le pays de Caux. Des bourrasques par rafales annonciatrices d'un orage tout proche. Les éclairs à l'horizon illuminent le ciel sombre et la pluie ne va pas tarder. Je m'inquiète un peu car j'évolue depuis un moment sur des routes à travers champs sans villages pour s'abriter, mais alors que la pluie tombe fort, le village de Doudeville tombe à pic pour me mettre au sec sous le porche d'une boutique. Un concurrent est là, c'est Alain Nizette, lui aussi réfugié au sec. J'avais prévu dans mon plan initial de m'arrêter en fin de nuit pour une petite sieste, mais ces conditions climatiques changent la donne. Il est environ 2h du matin et j'en profite pour manger un sandwich. La température a bien chuté et je n'arrive pas vraiment à m'assoupir. Après 45 minutes d'arrêt et alors que la pluie a cessé je me remets en route.

 

Frayeur sans conséquences

Mais quelques kilomètres plus loin elle refait son apparition. Pas question de s'arrêter, il va falloir faire avec et l'imperméable est déjà de sortie ! La route par endroits jonché de feuilles et de brindilles témoigne du passage d'un bel orage. Le vent toujours bien présent gêne ma progression alors qu'à presque 5h du matin le pont de Normandie est désormais en vue, premier point de passage important sur ce parcours. La pluie s'est calmée  mais l'approche se fait dans une ambiance étrange. La route surchauffée par les précédents jours de fortes chaleurs combiné à l'humidité ambiante fait se dégager une épaisse fumée de condensation jusqu'à hauteur de mon cintre. Je devine à peine le macadam sous mes roues.

Passé le pont, avec un trafic routier très calme à cette heure-ci, Honfleur marque l'entrée en baie de Seine et le début d'une longue portion longeant la Manche via les côtes de grâce, fleurie et de nacre jusqu'à Grandcamp-Maisy. Le jour se lève sous un ciel gris tandis que les courtes montées se succèdent jusqu'à Dives sur Mer. Les demeures bourgeoises d'époque et les nombreux parterres de fleurs embellissent ces kilomètres matinaux. Mes idées d'abandon ont quitté mon esprit, je commence à rentrer dans ma course en segmentant le parcours dans ma tête, me fixant des points de passage, sans penser à la totalité du chemin à parcourir. Je retrouve confiance en moi et même un peu trop en abordant un rond-point sans ralentir suffisamment et dérape sur une bande blanche...

La glissade s'arrête dans le caniveau. Je me relève rapidement et me rassure avec seulement des égratignures sur la fesse, à la cheville et au coude. En revanche ma patte de dérailleur est tordue venant frotter sur les rayons de la roue. J'arrive avec précaution à la redresser à la main sans trop forcer pour ne pas risquer de la casser. Nous sommes dimanche et je ne trouverai pas de vélociste ouvert si besoin. Je remets aussi la poignée de freins comme il faut, refixe un peu la sacoche de selle et repars à petite vitesse en traversant Cabourg. Je suis énervé de cette faute et vais redoubler de vigilance pour la suite.

Lieux historiques bien arrosé

Aux abords de Ouistreham et en traversant les stations balnéaires avoisinantes le vent tempétueux soufflant de travers m'oblige a parfois poser pied à terre par peur de tomber. L'avancée est pénible dans ces conditions, je maintiens fermement le cintre mais suis malgré tout chahuté par les bourrasques. Je fais une halte dans la matinée à Arromanches les Bains pour me restaurer dans une boulangerie. Les prochains kilomètres sont forcément marqués de l'indélébile empreinte laissée par le débarquement de 1945. Les musées, les cimetières militaires et les lieux de commémoration se succèdent alors que la pluie refait son apparition et redouble d'intensité en arrivant sur l'historique plage d'Omaha Beach. Le lieu balayé par le vent et la pluie n'en reste pas moins chargé d'émotions. Il tombe dorénavant de véritables hallebardes et cela jusqu'à Isigny sur Mer avec une route complètement noyée sous les flaques d'eau. Voilà pourquoi la Normandie est si verte ! Et moi complètement trempé.

Un sandwich acheté et vite mangé dans la commune connu pour son beurre et sa crème et je reprends ma route à travers le sud du Cotentin et ses belles maisons en granit. Le vent est favorable sur cette portion avec des éclaircies perçant enfin le ciel. Je roule a bonne allure, les sensations sont bonnes et le plaisir est là ! Le contournement de la baie du Mont Saint Michel est un moment fort de la course tant ce monument est incroyablement sublime. Je ne me lasse pas de l'admirer et de le voir grossir a mesure que je m'en approche. Une photo souvenir est inévitable lorsque j'effectue le demi-tour devant le pont passerelle. Ce sont alors les portes de la Bretagne avec le passage au Vivier sur Mer (qui me fait forcément penser à mes grands-parents...) puis l'arrivée sur Saint-Malo. 500 km de parcourus depuis le départ ! Il est 19 heures en ce dimanche 19 juin et Je m'autorise un arrêt dans une brasserie pour manger une pizza et profiter des remparts de la cité corsaire. Je suis vraiment content d'être là.

Il me reste encore 150 kilomètres jusqu'à la base de vie de Queslaine saint Gault que j'ambitionne de rallier entre minuit et une heure du matin pour dormir sur un lit de camp. Mais la digestion de mon repas me fait somnoler et je décide d'improviser un petit arrêt en bordure de route avec les vaches pour seules voisines. Je m'assoie et ferme les yeux sans pour autant vraiment dormir. Il est 21 heures et la fatigue se fait sentir après plus de 25 heures sur le vélo. Les routes sont très calmes, je traverse la très belle ville illuminée de Vitré en en prenant plein les yeux et j'arriverai finalement sur la BV un peu avant 1h30 du matin après avoir dû changer de lampe en pleine traversée de forêt dans le noir, car j'ai oublié de charger ma lampe principale pendant la journée ! Heureusement que ma lampe secondaire mis a l'abris après avoir pris l'eau la nuit précédente a bien séché. Je recharge donc tout ce que je peux charger avec le faible nombre de prise disponible dans le petit gymnase nous servant de dortoir. En me déchaussant je remarque que mes pieds sont déjà dans un sale état avec toute l'eau prise durant ces 30 premières heures de vélo. Ça ne va pas m'empêcher de bien savourer les 3 petites heures de sommeil que je programme sur le lit de camp.

La France profonde à toute vitesse

5 heure pétante, je suis réveillé depuis un peu moins de trente minutes et prêt à repartir pour engranger des kilomètres. La journée s'annonce plate avec la traversée de la Sarthe, du Loir-et-Cher et de la Sologne notamment. Je vais bien avancer, à bonne allure toute la journée, en profitant des paysages de la campagne, les coudes calés une grande partie du temps sur les prolongateurs. Une pause à Blois pour se ravitailler (avec du riz au lait...hum), une belle photo devant le château royal de Chambord, puis la forêt Solognote traversée à vive allure sous une belle lumière de début d'été, avant de profiter d'un superbe couché de soleil à travers les champs du Berry, tout proche de Nevers. Ces contrées traversées m'ont bien évidemment fait penser à mes regrettés grands-parents ayant vécu non loin d'ici et c'est donc avec une émotion certaines que je trace ma route sur le macadam pleins de souvenirs en tête.

La nuit vient de tomber, il est quasiment 23 heures lorsque j'arrive au McDonald's de Nevers pour me restaurer goulûment. J'en profite pour mettre des pansements sur mes pieds flétri par l'humidité de la première journée et recharger mes appareils électroniques. Je quitte la préfecture de la Nièvre avec l'objectif d'atteindre Gueugnon en fin de nuit et de m'octroyer avant ça un temps de sommeil à Decize, d'ici 70 kilomètres. J'arriverai tout juste à temps dans cette ville pour m'arrêter dans un arrêt de bus puisque l'orage est là, les éclairs illuminent le ciel depuis un petit moment déjà, et la pluie commence à tomber dru. Le confort sommaire de mon spot ne va pas permettre que je m'endorme, malgré la fatigue ressentie. Le vent en rafale, le tonnerre et la pluie qui arrive à m'atteindre font qu'il est difficile de s'assoupir. Je vais rester là 1 heure environ, laissant passer la tempête en mangeant un sandwich acheté plus tôt dans la journée.

Il est environ 3 h du matin, j'ai repris ma route depuis un peu plus de trente minutes, et je suis incroyablement seul sur la route. J'apprécie cette solitude nocturne et apprécie tout autant l'aube et le très beau levé de soleil sur les collines Bourguignonne. Je m'arrêterai une petite heure à peine sur la BV de Gueugnon pour manger, pressé de repartir, comme animé par l'adrénaline qui me tient éveillé et euphorique ! Je roule tambour battant sur ces successions incessantes, durant plus de 2 heures, de montées et descentes formant de véritables toboggans, parfois très brutaux. Il faut jouer du braquet constamment pour garder la bonne cadence. Puis les pentes deviennent moins abrutes mais aussi plus longues à mesure que je m'approche de Mâcon.

 

Changement de profil : la montagne s'annonce !

Le soleil tape fort en traversant les vignobles, m'incitant à faire une petite pause à l'ombre sur les bords de la Saône. Je mangerais ensuite à la faveur d'une épicerie dans un petit village en présence de Sébastien Saint-Jalm, un cycliste très actif sur les réseaux. L'après-midi midi sera un peu laborieuse avec du vent défavorable pour descendre vers Lyon puis partir à l'Est afin de traverser le sud Jura. Je roule un peu avec Sébastien puis le quitte pour dormir 25' sur un banc vers 17h, alors que le franc soleil a laissé place à un temps lourd et orageux. J'ouvre grand les yeux dans ce département de l'Ain que je connais peu et même si les cols à franchir ne sont pas simple je suis très heureux d'arriver aux portes de Alpes. Là aussi j'évolue seul sur des routes calmes, bien qu'un groupe de supporters suivant cette RAF me ravitaille en boisson fraîche. Improbable de les trouver ici mais vrai !

J'entame maintenant la descente du Mont du Chat dans la nuit naissante et fini cette troisième journée de vélo, soit les 1000 kilomètres dépassé depuis La Touquet (un record pour mon cas personnel !) à Aix les Bains, ou j'ai réservé un hôtel dans le centre-ville pour y passer la nuit. Et oui après la nuit blanche que je viens de passer il faut que je me repose car la route est encore longue et difficile. La pluie est prévue pour très bientôt et je ne dormirais pas bien si j'entame les Pré Alpes dès maintenant. Il est plus raisonnable de s'arrêter en ce mardi 21 juin, jour de fête de la musique, et le contraste est saisissant entre les fêtards joviaux et moi sur mon vélo déambulant au ralenti dans les ruelles à la recherche de mon hôtel ! Valentine (ma cousine) habitant Annecy est venu me rendre visite. Un grand merci à elle pour ce chouette moment partagé pendant que je me suis restauré. Une douche rapide et je dors 4 heures dans un excellent matelas, un vrai bonheur.

Je quitte l'établissement à 5h du matin sous un crachin peu engageant pour la première journée montagneuse de la course. Qui plus est je me perds pour rejoindre la trace et m'énerve de ce temps perdu. Le jour se lève alors, avec des nuages menaçant sur les pentes du col de Leschaux. La pluie va se mettre a tomber comme prévu, mais pour de vrai cette fois. Un véritable déluge s'abat sur mon casque. La route devient un véritable torrent alors que je deviens pour ma part une vraie éponge, trempé de la tête au pied. Mes freins à patins s'usent à vitesse grand V dans la descente négocié avec la plus grande prudence, sans beaucoup de visibilité. Pour la vue sur le lac d'Annecy on repassera.

Arrêt prolongé sur la base de vie

Un petit arrêt dans une boulangerie où je retrouve des concurrents croisé le deuxième jour permet de me réchauffer un petit peu. La pluie continue de tomber sur le contournement du lac et ce sera ainsi jusqu'au Grand Bornand, au pied du col de la Colombière. Le soleil fait enfin son apparition dans la montée en passant au Chinaillon où résonne les cloches des vaches entrain de pâturer. Quel plaisir de retrouver cette ambiance de montagne. Un plaisir de courte durée car la descente très rapide dans sa première partie en direction de Cluses va réveiller ma douleur sous la voûte plantaire. Avec l'humidité régulière causé par les pluies mes pieds sont sensibles et me font terriblement mal en descente lorsque j'appuie fermement sur la semelle. Ça brûle et c'est extrêmement désagréable ! Il est 13 heures et mes yeux se ferment tout seul, je décide de faire une micro sieste dans un arrêt de bus après Cluses. J'atteins maintenant Sallanches (pause de 10' pour un goûter en boulangerie) avant de monter à Megève afin de retrouver mon premier drop bag, dans la troisième base de vie depuis le départ du Touquet. Mais quelle surprise !

Moi qui pensais prendre la route principale je m'étonne de la trajectoire indiquée par mon GPS. Il me fait bifurquer à droite par l'ancienne route jusqu'à Combloux. Et celle-ci est bien plus raide. Une véritable épreuve de force durant 1 heure que je trouve un peu inutile, comme une sorte de surenchère dans la difficulté. Il fait chaud à ce moment-là et je lutte autant contre la pente que contre mon physique. Si j'avais étudié le profil plus en détail en amont j'aurais peut-être anticipé ce passage. Mais bon... J'arrive enfin au palais des sports de Megève sur les coups de 16 heures et ne compte y passer qu'une heure pour manger et me changer.

Je vais être contraint de rester plus longtemps immobilisé car une cellule orageuse toute proche décide l'équipe organisatrice à ne pas laisser repartir les coureurs présents. Nous sommes une petite dizaine dans ce cas, il faut donc prendre son mal en patience et respecter cette décision. Je me repose alors sur un lit de camp bien que ce ne soit pas l'heure où j'ai envie de dormir. Le feu vert est donné à 19h pour remettre les voiles et je ne perds pas un instant pour enfourcher mon vélo.

Bivouac et petit déjeuner groupé

Je me sens super bien mais surtout j'apprécie énormément être en ces lieux que je connais bien. J'avale le col des Saisies que je connais par cœur en 1 heure puis grimpe la première partie du Cormet de Roselend sur de très bonnes bases. J'adore vraiment ce coin du Beaufortain, sauvage et paisible. Mais l'orage menace encore et je vois les éclairs plus bas, au niveau d'Albertville. C'est aussi la raison qui m'a fait pédaler fort sur le Cormet ! J'hésite à me lancer dans la dernière partie du col après avoir contourner le lac du barrage car je sais qu'il n'y aura plus d'abri possible pendant un moment, et l'orage menace. Je toc à la porte d'un camping-car garé au bord de la route mais ils n'ont pas de places pour moi ! J'opère alors demi-tour pour revenir au chalet restaurant croisé il y a quelques kilomètres et m'y abriter.

Il ne pleut qu'une petite pluie fine et finalement l'orage glisse plus loin. Je repars avec un petit groupe de 4 coureurs croisé sur la BV de Megève puis fini seul l'ascension et plonge dans la longue descente jusqu'à Bourg Saint Maurice. Il pleut encore et la température est bien fraîche, je décide du coup de m'arrêter dans cette localité et ça tombe bien. Il y a un super spot ! Un distributeur de pizza, des fauteuils, et une petite galerie commerciale couverte (mais un peu en courant d'air quand même !) pour dormir au sec. C'est parfait et mes compagnons de route rencontré plus tôt m'y retrouve pour passer la nuit ici. Il est presque 1 heure du matin et ça me semble le bon choix, plutôt que de se lancer vers l'Iseran dès maintenant. Nous mangeons chacun notre pizza comme une vielle bande de potes avant d'aller dormir. Je dors à même le sol adossé contre un mur sous ma couverture de survie.

Je suis le premier à émerger lorsque le réveil sonne à 5 heure dans notre "dortoir" ! Une grande journée s'annonce avec deux géants des Alpes à gravir. Tout d'abord le col de l'Iseran qui culmine à 2764 mètres d'altitude et représente le point le plus haut de cette RAF, puis viendra le mythique col du Galibier avec ses 2645 mètres d'altitude. Le premier est gravi sous une tempête de ciel bleu. Et ça fait du bien ! Quelques névés de neige sont encore présents sur les derniers kilomètres minérales de ce décor de haute montagne sublime. L'arrêt boulangerie pour le petit déjeuner, aussi excellente soit elle, avec le groupe à Val d'Isère m'aura cependant fait perdre pas mal de temps, car j'ai dû attendre l'ouverture de celle-ci. Le moment convivial partagé était certes très sympa mais attention à ne pas trop sortir de la course et continuer à avancer sans trop multiplier les arrêts.

Une terrible nouvelle secoue la course

Après une interminable descente jusqu'à Saint Michel de Maurienne voici donc venu le second géant de la journée avec l'enchaînement col du Télégraphe, col du Galibier. 35 kilomètres d'ascension en tout. Je digère mon pain bagnat sur les premiers kilomètres alors qu'il fait très chaud en ce début d'après-midi. Mais comme souvent en montagne le temps va changer après avoir traversé la station-village de Valloire. Alors que je viens d'apprendre lors d'une petite pause sieste (20 minutes seulement !) le tragique décès d'un participant sur la route aux environs de Mâcon, la pluie refait son apparition. Le moral n'est pas très haut par suite de cette terrible nouvelle et la météo n'arrange pas les choses. J'essaie tout de même de m'imprégner de ces lieux, toujours particulier, mais encore plus dans le cadre d'une course ultra distance.

Des cathédrales de roches enveloppées par des nuages bouchant complètement le versant sud du col n'annoncent rien de bon. Le passage dans les Hautes-Alpes s'effectue en effet dans le brouillard épais et une pluie fine. Le changement est brutal avec 25 degrés d'écart par rapport au pied du col. Seulement 6 degrés maintenant ! Il faut être prudent car la visibilité est faible et je prends vite de la vitesse. Je m'arrêterai à La Grave pour une pause chocolat chaud crêpe, un combo réconfortant. Je mets du temps à me réchauffer après avoir claqué des dents durant une bonne partie de la descente. Je me rends compte en voulant me couvrir que j'ai perdu mes jambières qui étaient dans la poche de mon maillot. Il faudra s'adapter et faire sans dorénavant.

J'en profite aussi pour consulter la météo sur mon téléphone pour les prochaines heures et ajuster ma stratégie d'avancement. Comme depuis presque chaque jour depuis le départ du Touquet la pluie et l'orage sont prévues pour le lendemain matin à l'Alpe-D'huez. Je prévois donc de rouler toute la prochaine nuit pour essayer d'y échapper. Mais il y a d'abord le difficile et rustique col de Sarenne à escalader pour rejoindre la station Iséroise, où je compte manger avant la nuit.

La tête et le corps craque

Oui mais voilà... Après 5 jours de vélo et environ 10 à 12 heures de sommeil depuis le départ je vais subir mon premier gros coup de mou. Un craquage complet. Autant physique que moralement et mentalement. Je suis pourtant dans un magnifique environnement, sur une route de montagne isolée, le pied pour un cycliste amoureux de grands espaces. Oui Mais j'en ai marre ! Des sanglots remontent. Je me demande quelle est l'utilité de tout ça. Que c'est trop dur pour moi. Que je ne prends plus de plaisir. Je m'arrête donc. Pose mon vélo. M'assois et mange un sandwich en réfléchissant et me questionne. La fatigue ? Le manque de sommeil ? La perspective de rouler toute la nuit qui arrive ? Le décès de ce malheureux participant ? Les enfants que je n'ai jamais quittés aussi longtemps ? Toutes ces raisons sont certainement à l'origine de ce gros passage à vide. Je regarde autour de moi, respire profondément l'air pure, écoute le tintement des cloches des vaches...

Après une bonne vingtaine de minutes je remonte sur mon vélo tout en appelant les enfants et Karen (ma femme)) via WhatsApp. Tempi pour la batterie qui va diminuer, j'ai besoin de les voir et de les entendre. L'appel dure une vingtaine de minutes avant que je retrouve ma solitude. Je me sens un peu mieux et l'envie revient doucement. À l'approche du sommet le ciel rouge orangé rend l'atmosphère particulière ainsi que sur le plateau menant jusqu'à l'Alpe d'Huez. Il est quasiment 22 heures et je me rends compte qu'il n'y a rien d'ouvert dans cette grande station pour me restaurer.

Je me détourne de la trace et tourne un peu en rond afin de dénicher où manger, mais rien... Karen me rappelle pour prendre de mes nouvelles et je lui fais part de mon agacement de voir tout fermer. C'est alors que quelqu'un intercepte mes propos. Une personne sur le balcon d'un petit immeuble m'entend rouspéter et me propose de monter me restaurer : "il y a des pâtes" qu'il me dit ! Euh "oui, je monte"... S'il y a des pâtes !

Rencontre improbable et nuit interminable

En temps normal je n'aurais pas osé accepter la proposition, mais là c'est différent. L'instinct primaire de manger a pris le dessus. Mais alors que je pensais monter et trouver un concurrent de la RAF dans une chambre d'hôtel, je suis accueilli dans un véritable appartement par une personne extérieure à la course. La fatigue me joue des tours ! Un peu gêné et embarrassé (surtout que je ne dois pas sentir très bon !) je m'installe pour savourer une grande assiette de pâtes au gruyère. En discutant un peu il s'avère que la personne n'est pas si étrangère que ça à la RAF puisque c'est un ami de l'organisateur Arnaud Manzanini ! Quelle incroyable coïncidence quand même. Cette personne dispute le lendemain la Haute route Alpe d'Huez (une épreuve cyclosportive réputé). En tous cas je la remercie grandement pour cette hospitalité qui fait chaud au cœur. Un moment vraiment incroyable que seul ce genre d'aventure peu nous réserver.

Avant de reprendre ma route je me poserai une trentaine de minutes pour une sieste dans le local poubelle (mais ça sentait bon !) de l'immeuble, où il faisait bien chaud. Il est quasiment 1 heure du matin quand je reprends ma course pour descendre via la route aux points de vue vertigineux, de Villard Reculas. Il me faut maintenant gravir l'interminable col du Glandon. 23 kilomètres de montée. Je suis au pied d'énormes bloc rocheux que je devine dans la nuit noire. Seul le torrent qui coule proche de la route vient rompre le silence. J'essaie d'imaginer le décor autour de moi alors que mon regard se porte sur les traits blancs du centre de la route, comme hypnotisé par un fil conducteur. Je n'avance pas très vite mais j'avance quand même. Les panneaux disposés chaque borne pour indiquer le pourcentage de la pente sont mes repères. C'est long mais je ne me préoccupe même plus du temps qui passe.

La pente est parfois bien raide, je grimpe et c'est tout ! Passé l'imposant barrage de Grand Maison je me retrouve a découvert dans le vent, en surplomb du lac du même nom que je devine. Je ressens la grandeur des paysages montagneux qui m'entoure sans pour autant les voir. Il me reste environ 5 kilomètres avant le sommet lorsque j'aperçois au loin une petite lumière rouge. Incroyable, je rattrape un coureur ! Sa présence vient rompre ma solitude, et la sienne aussi (!), au long de cette interminable montée au cœur de la nuit. Il faut dire que le noir rend les kilomètres plus monotone et j'ai vraiment l'impression d'avoir passé une vie entière dans ce col ! Tout en pédalant Je discute avec mon nouveau compagnon de route, Stèven, et je me rends compte que nous nous sommes croisés quelques jours plus tôt devant le Mont Saint-Michel. Plus de 1000 kilomètres en amont de la course. Incroyable !

Subir encore les caprices du ciel

Enfin le sommet de ce col du Glandon est en vue. Quel soulagement ! Nos lampes frontales éclairent le panneau matérialisant ce passage pour immortaliser l'instant avec une photo. C'est parti pour une descente qui s'annonce périlleuse mais dans laquelle je me montre prudent. Stèven me distance et négocie les virages au cordeau à vive allure. Je suis un peu plus timoré dans mes trajectoires, qui plus est avec la fatigue et la visibilité limitée. Des nappes de brumes sont présentent par endroit, il faut être vigilant. Saint Etienne de Cuines marque la fin de la descente et le retour dans la vallée de la Maurienne (après y être passé la veille à seulement douze bornes d'ici !). Stèven m'a attendu et nous nous arrêtons devant un distributeur de pizzas que nous allons manger tel deux affamés dans une station-service de supermarché à 4h30 du matin ! Irréel En tous cas ça fait du bien. Nous nous arrêtons quelques kilomètres plus loin à la porte d'un magasin pour un petit somme d'une vingtaine de minutes alors que l'aube fait son apparition. Le réveil est bien difficile mais il faut repartir vite si nous voulons échapper à l'orage annoncé.

Pour le moment le temps est clément dans la vallée mais ça ne va pas durer. Le col du Grand Cucheron, permettant de passer de la vallée de la Maurienne aux balcons de Belledonne, se dresse devant nous. Bien moins difficile que les précédents cols escaladés nous grimpons de concert en discutant.

La météo va donc encore une fois se gâter sur notre route, non loin de la station de ski des Septs-Laux. L'orage gronde, les nuages se noircissent et les gouttes de pluie grossissent. Avec quelques centaines de mètres d'avance sur Stèven à la faveur d'un petit col (ils sont nombreux en longeant la chaîne de Belledonne) je m'arrête pour ranger au sec mes câbles qui rechargent GPS, lumière et téléphone, car je n'arrive pas à le faire en roulant, et la pluie s'intensifie nettement. Il me double et continue pensant que je vais la rejoindre. Mais un gros coup de tonnerre tout proche et une pluie devenue battante me décide à m'arrêter pour un moment dans l'arrêt de bus à deux pas de moi. J'y passerai finalement 1 heure sans réussir à profiter de ce temps pour dormir. Il faut dire que l'orage est assourdissant, avec des grondements faisant trembler le sol, couplé à une pluie diluvienne et des rafales de vents puissantes. Pas l'idéal pour piquer un roupillon ! Heureusement que cet arrêt de bus est spacieux et me permet d'être pas trop mal abrité.

La quiétude du plateau du Vercors

Il pleuvra encore durant une bonne heure, mais nettement moins, lorsque je repars direction l'agglomération Grenobloise. Puis enfin le soleil réapparaît entre les nuages, donnant une belle lumière aux collines du coin. Je fais alors une pause à Seyssins au pied de la montée de Saint Nizier du Mouchereotte pour manger du junkfood avec un bon gros Tacos bien gras ! J'ai envie de ça et j'ai besoin de calories. J'en profite pour répondre en même temps aux messages de ma famille qui me suit sur l'application live. Je ne m'attarde pas trop tout de même car il est déjà 16 heures et j'espérais être ici plus tôt, en début d'après-midi. J'entame directement la montée sur le plateau du Vercors avec l'objectif atteindre la BV de Saint Jean en Royans pour le début de nuit.

La montée domine la ville de Grenoble et ses alentours sous un ciel complètement dégagé, sans aucun nuage à l'horizon. La pente est régulière entre 5 et 6%, j'enroule bien les pédales et prend du plaisir. Plus je monte et plus l'ambiance change, la végétation s'étoffe avec de grands sapins et la fraîcheur se fait un peu sentir à l'approche de Lans en Vercors. Le temps semble ici figé, les kilomètres s'enchaînent de façon paisible sur ce plateau coincé entre des barres rocheuses vertigineuses, tout comme la descente des gorges de la Bourne que j'entame dans l'obscurité. Il faut dire que la route est quasiment cachée dans la roche ! 

Quelques kilomètres plus loin je célèbre le passage devant le panneau marquant l'entrée dans le département de la Drôme, qui signifie pour moi l'arrivée dans la partie du Sud de la France et le retour du beau temps avec la fin des orages par la même occasion. Alors que depuis le départ il a plu quasiment chaque jour, le soleil devrait s'implanter pour la fin de course. Les derniers kilomètres avant la BV me paraisse vraiment long alors que la localité de Saint Jean en Royans marque la barre symbolique des 2000 kilomètres et la mise à disposition de mon second drop bag pour effectuer quelques changements d'affaires.

Des moments de partage qui font chaud au cœur

Je retrouve ici Stèven qui me raconte avoir été accueilli par une famille chez elle alors qu'il s'abritait sous une grange lors de l'orage de ce matin. Et un déjeuner offert en prime ! Je me douche, mange, discute un peu avec les bénévoles (ils sont vraiment formidables et dévoués !) et file me coucher pour un réveil prévu vers 4h/4h30 du matin. Il faut croire que la fatigue a dû prendre le dessus car il me semble avoir entendu le réveil mais l'éteindre et me rendormir. Finalement c'est à 6h30 que je sors de mon lit de camp pour monter en selle après les divers préparatifs (sans oublier de récupérer les appareils électroniques en charge) à 7h30. Je pars donc bien plus tard que prévu, mais je me dis que ce sommeil était nécessaire, on ne peut pas revenir en arrière, donc en avant !

Je me retrouve avec le petit groupe avec qui j'ai dormi à Bourg saint Maurice (manque Loïc qui a abandonné au Galibier) il y a deux nuits de ça, mais je m'isole rapidement seul devant eux. Nous remontons sur le plateau du Vercors pour déboucher sur la route de la Combe Laval à flanc de falaise donnant un panorama incroyable sur les environs. La lumière dorée par le lever du soleil rend les lieux poétiques et c'est une chance d'assister à un tel spectacle. La nature nous offre ce qu'elle a de plus beau et je savoure ce moment. Le petit groupe me rejoint et nous parcourons ensemble un bout de chemin avec le col du Rousset puis la bascule pour descendre de ce fascinant plateau du Vercors que je n'avais parcouru qu'une seul fois.

Les parties ombragées bien fraîche succède aux parties ensoleillées pour nous réchauffer pendant plus de 15 kilomètres de descente jusqu'à Die, qui marque l'arrêt boulangerie de la matinée. Nous sommes cinq à partager cette pause pour manger sandwiches, pâtisseries et boisson chaude. Ces moments partagés entre participants sont vraiment très sympas et même s'ils durent parfois un peu trop longtemps (le chrono tourne toujours !) ce sont des souvenirs qui restent et des instants de vie que je cherche aussi sur une telle course. Nous repartons en ordre dispersé et l'objectif est maintenant d'atteindre le pied du Ventoux dans l'après-midi. Il fait grand soleil, la température monte, les cigales chantent, pas de doute c'est le sud de la France !  Le parcours jusqu'au pied du Mont Chauve est identique à celui que j'ai emprunté l'an passé pour le 1000 kilomètres de Mandelieu à Doussard, mais dans le sens inverse. Je sais donc à quoi m'attendre. C'est assez roulant dans l'ensemble mais un bon vent de face rend l'avancée pénible.

Finir la course dans 24 heures...

Je m'arrête chez un maraîcher au bord de la route pour me délecter de nectarines et abricots bien juteux. Un vrai régal ! Puis je ferais une très courte sieste de 15 à 20 minutes au pied d'un arbre, juste avant Vinsobres, pour profiter d'un petit carré d'ombre, alors que le géant de Provence se profile à l'horizon. Un arrêt McDonald's aux abords de Vaison la Romaine me permet aussi de reprendre des forces et de réserver mon train pour le retour d'après course. Eh oui, nous sommes samedi après-midi, cela fait quasiment 7 jours que je me suis élancé du Touquet, et mon train est réservé pour 20h dimanche. Le compte à rebours est lancé mais je n'ai pas le choix. Je travaille lundi ! J'envisageais 7 jours pour boucler le parcours mais les conditions météorologiques et mes arrêts trop nombreux tout aux longs de ces kilomètres ne me permettent pas d'y arriver.

Quoiqu'il en soit l'important est maintenant de franchir la ligne demain. Et malgré une légère déception de cet objectif non atteint je me remets en selle au milieu des vignes, sans trop tarder. Malaucène marque le début des 20 bornes d'ascension du Mont Ventoux que je n'ai encore jamais gravi par ce versant. Le soleil tape toujours mais le fort vent permet de ne pas trop ressentir la chaleur. Il est même encore et toujours bien gênant à certains moments. Mes muscles des cuisses bien dures ne me permettent pas de grimper bien vite dans les sévères pourcentages de cette montée mythique. C'est vers 20h que j'atteins péniblement mais fièrement le sommet. Une petite photo pour immortaliser l'instant et c'est parti pour une longue descente jusqu'à Bédoin, avec encore quelques gênes sous les pieds quand ces descentes durent un peu, puis quelques kilomètres supplémentaires pour arriver à la dernière BV au bed and bike de Venasque.

J'y mange une belle assiette de pâtes puis m'allonge dans un lit de camp pour un peu moins d'une heure de sommeil. Je compte rouler la nuit et m'arrêter plus tard vers 3h du matin pour dormir une seconde fois. A ce stade de la course le réveil est bien difficile après une si courte durée, mais j'ai envie d'y retourner. Dommage qu'il fasse nuit en remontant les gorges de la Nesques pour pouvoir admirer les paysages. Mais c'est une expérience singulière que de rouler en pleine nuit sur une route que je ne connais pas et où j'essaie de m'imaginer le décorum sous ce ciel étoilé. Il fait bon, bien que le vent soit toujours présent, ma musique sort du téléphone pour me tenir compagnie et repousser l'envie de dormir. Quasiment aucune voiture ne croise ma route, aucun concurrent en vue, je suis vraiment seul. C'est à Saint Michel l'observatoire que je décide de m'arrêter pour dormir alors qu'il est aux environs de 3h du matin.

Fatigue et petits bobos à gérer

Le village a l'air sympa, une terrasse de café fera parfaitement l'affaire pour "bivouaquer". Je m'assoie sur une chaise et pose ma tête sur la selle de mon vélo en guise d'oreiller ! Pas très à l'aise et le coup un peu tordu je fini par m'allonger littéralement sur le sol pour continuer de dormir, en tenant mon vélo bien sûr ! Le réveil sonne au bout d'1h30 et j'ai vraiment beaucoup mais beaucoup de mal à émerger. C'est un supplice que d'essayer de se réveiller à cet instant. Arrive alors Sébastien et Jérôme (que je croise régulièrement depuis Megève) qui décident de faire un arrêt sieste en me voyant sur cette terrasse de café. Il ne m'en fallait pas plus pour me motiver a rester dormir encore un peu. 45 minutes de sommeil supplémentaire plus tard nous reprenons notre route ensemble au petit jour.

Ça descend tout de suite et je claque des dents en pédalant ! Nous nous arrêtons à Manosque pour le petit déjeuner en boulangerie, envoûté par l'odeur de viennoiseries chaudes. Le ciel est bleu, le soleil commence déjà à chauffer alors qu'il n'est qu'à peine 7h du matin, signe d'une dernière journée sur le vélo qui s'annonce caniculaire, après avoir si souvent eu froid ces derniers jours.

La remontée des gorges du Verdon est la prochaine étape dans ma tête. J'y arrive assez vite et je savoure le paysage qui m'entoure avec le lac de Sainte Croix scintillant sous la lumière du soleil en prenant de la hauteur vers cette route vertigineuse. Mais je suis contraint de m'arrêter sur le bord de la route car une douleur à la selle augmente depuis plusieurs kilomètres. Une coupure mal placée me dérange vraiment pour pédaler. Un peu de Cycatryl et un pansement spécial que je gardais dans un coin d'une de mes sacoches au cas où et je reprends ma route.  Cette blessure me gênera encore mais l'arrivée est proche.

Savourer les derniers instants sur le vélo

Pendant ce temps le vent s'engouffre dans les gorges ralentissant ma progression, mais il permet au moins de ne pas subie la chaleur. Le passage à Castellane marque la fin de la route des gorges et le début de la longue montée au col de Saint Barnabé via le lac de Chaudanne. Je prends ici non pas un mais deux sandwichs dans une boulangerie car il est midi, j'ai faim (!), et j'en garde un de côté pour la suite car jusqu'à Grasse je ne vais pas trouver de quoi me ravitailler. Je croise en même temps Stéphane (le groupe de Bourg Saint Maurice !) qui se ravitaille aussi et pressé de repartir. Je grimpe à l'abri du vent et pour le coup la chaleur est assommante, la sueur perle sur mon corps et je m'asperge d'eau en veillant à en garder suffisamment pour boire.

La suite de l'après-midi est une succession de descentes et montées dans les forêts de pins maritime entre Alpes-Maritimes et Var. Je croise Rodolphe, complètement tordu sur sa machine dû à des problème au cou et à la nuque, admirable de courage pour finir malgré tout.

Je lève le poing en signe de victoire au sommet du col du Ferrier qui marque l'ultime ascension de ce parcours incroyable. L'émotion m'envahit lorsqu'en descendant sur Grasse j'aperçois la mer Méditerranée au loin. Je me remémore tous ces kilomètres, le froid, la pluie, les orages, les nuits dehors, les maisons en brique du Nord de la France, les châteaux de la Loire, les vignes de Bourgogne, les grands col Alpins... Et maintenant je suis là, sur la Côte d'Azur, à quelques kilomètres de boucler cette course ! Une amie d'une collègue de ma femme m'attend sur le bord de la route à la sortie de Grasse où l'agitation et la circulation automobile tranche avec le calme et la solitude que j'ai connu ces dernières heures. La rencontre est assez insolite car cette fille est une ancienne copine de l'époque où je pratiquais la danse sur glace il y a plus de 20 ans... Le monde est petit ! En tous cas si cette pause si proche de l'arrivée n'était pas forcément nécessaire pour me ravitailler, bien que la pastèque coupée en dés était divine, je récupère à cette occasion un cadenas pour attacher mon vélo dans le train de nuit que dois prendre tout bientôt.

L'ultra-cyclisme transforme un être

L'aventure touche à sa fin. Il me reste une quinzaine de bornes pour rejoindre la ligne d'arrivée tant espéré sur le bord de mer à Mandelieu la Napoule. Et voilà, après 8 jours le chronomètre s'arrête et je deviens officiellement finisher de la Race Across France 2500 km !!! J'ai mis plus de temps que prévu, bien que je ne prévisse pas forcément (!), puisque l'objectif était avant tout de finir. J'éprouve à cet instant un très grand sentiment d'accomplissement dont je prendrais la mesure un peu plus tard. Je retiens de cette course de très belles rencontres mais aussi de grands moments de solitude que je suis venu chercher. J'ai aimé les beaux moments de partage avec les participants et bénévoles rencontrés durant cette intense semaine où j'ai beaucoup appris. Appris sur moi, mon mental et mon physique et sur la capacité de résilience dont chacun peut faire preuve. La France est belle, je l'aime, elle m'a subjugué à travers ces villages traversés. Je n'ai malheureusement pas le temps de profiter longtemps. Je dois me dépêcher pour récupérer mes drops bag puisque mon train est dans 1h30 ! Pour remonter a vitesse grand V en région parisienne, comme un rembobinage accéléré de toutes ces heures passées à pédaler inlassablement, et qui m'ont forgé la patience de l'ultracyclisme.

En chiffres

 

106 partants solo sans assistance (2 femmes) - 53 finishers - 53 DNF

Je finis 19ème au classement

J'ai mis 7 j 21 h 45' (4h de neutralisation décompté)

pour 2640 km avec 37 000 m de D+

 21 heures de sommeil - 1 nuit à l'hôtel et 2 nuits en BV

  0 crevaison - 3 burgers - 2 pizzas - 6 parts de flan...

5 orages - mini et 38° max - 1 seul cuissard utilisé (Ozio Titan) !

 

Mon vélo sur cette édition était le LOOK 565 (modèle de 2006 !) avec freins à patins et roues Time Hi-Tense. Un prolongateur Van Rysel et des sacoches Restrap.

Voir le classement complet                                                                                                                                                                                                 L'ultracyclisme ou l'apprentissage de la patience...


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